Poème 'En débarquant à Mytilène' de Renée VIVIEN dans 'À l'heure des mains jointes'

Accueil > Les poètes > Poèmes et biographie de Renée VIVIEN > En débarquant à Mytilène

En débarquant à Mytilène

Renée VIVIEN
Recueil : "À l'heure des mains jointes"

Au fond de mon passé, je retourne vers toi,
Mytilène, à travers les siècles disparates,
T’apportant ma ferveur, ma jeunesse et ma foi,
Et mon amour, ainsi qu’un présent d’aromates…
Mytilène, à travers les siècles disparates,
Du fond de mon passé, je retourne vers toi.

Je retrouve tes flots, tes oliviers, tes vignes,
Et ton azur où je me fonds et me dissous,
Tes barques, et tes monts avec leurs nobles lignes,
Tes cigales aux cris exaspérés et fous…
Sous ton azur, où je me fonds et me dissous,
Je retrouve tes flots, tes oliviers, tes vignes

Reçois dans tes vergers en couple féminin,
Ile mélodieuse et propice aux caresses…
Parmi l’asiatique odeur du lourd jasmin,
Tu n’as point oublié Psappha ni ses maîtresses…
Ile mélodieuse et propice aux caresses,
Reçois dans tes vergers un couple féminin…

Lesbos aux flancs dorés, rends-nous notre âme antique …
Ressuscite pour nous les lyres et les voix,
Et les rires anciens, et l’ancienne musique
Qui les rendit si poignants les baisers d’autrefois…
Toi qui gardes l’écho des lyres et des voix,
Lesbos aux flancs dorés, rends-nous notre âme antique…

Evoque les péplos ondoyants dans le soir,
Les lueurs blondes et rousses des chevelures,
La coupe d’or et les colliers dans le miroir,
Et la fleur d’hyacinthe et les faibles murmures…
Evoque la clarté des belles chevelures
Et des légers péplos qui passaient, dans le soir…

Quand, disposant leurs corps sur tes lits d’algues sèches,
Les amantes jetaient des mots las et brisés,
Tu mêlais tes odeurs de roses et de pêches
Aux longs chuchotements qui suivent les baisers…
A notre jour, jetant des mots las et brisés,
Nous disposons nos corps sur tes lits d’algues sèches…

Mytilène, parure et splendeur de la mer,
Comme elle versatile et comme elle éternelle,
Sois l’autel aujourd’hui des ivresses d’hier…
Puis Psappha couchait avec une Immortelle,
Accueille-nous avec bonté, pour l’amour d’elle,
Mytilène, parure et splendeur de la mer.

Poème préféré des membres

anne556 a ajouté ce poème parmi ses favoris.

Commentaires

  1. Voici l'un des plus beaux poèmes de Renée Vivien qui célèbre avec justesse la grande Sappho.

Rédiger un commentaire

Renée VIVIEN

Portait de Renée VIVIEN

Renée Vivien, née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 », est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque. Renée Vivien était la fille d’une mère américaine et d’un père britannique fortuné qui mourut en 1886,... [Lire la suite]

© 2017 Un Jour Un Poème - Tous droits réservés
UnJourUnPoeme sur Facebook UnJourUnPoeme sur Twitter RSS
Nos partenaires : Le Mot pour la frime | Poetiz | Permis moto