Poème 'Le sonneur' de Stéphane MALLARME dans 'Poésies'

Le sonneur

Stéphane MALLARME
Recueil : "Poésies"

Cependant que la cloche éveille sa voix claire
A l’air pur et limpide et profond du matin
Et passe sur l’enfant qui jette pour lui plaire
Un angelus parmi la lavande et le thym,

Le sonneur effleuré par l’oiseau qu’il éclaire,
Chevauchant tristement en geignant du latin
Sur la pierre qui tend la corde séculaire,
N’entend descendre à lui qu’un tintement lointain.

Je suis cet homme. Hélas ! de la nuit désireuse,
J’ai beau tirer le câble à sonner l’Idéal,
De froids péchés s’ébat un plumage féal,

Et la voix ne me vient que par bribes et creuse !
Mais, un jour, fatigué d’avoir enfin tiré,
Ô Satan, j’ôterai la pierre et me pendrai.

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Commentaires

  1. Ornithologie hagiographique
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    Voici l’oiseau qu’aimait Sainte Marie Pas Claire,
    Près d’elle il se posait pour prier, le matin ;
    D’ailleurs, il composait des sonnets pour lui plaire
    Et pour elle cueillait la lavande et le thym.

    Lui qui aimait aussi l’heure crépusculaire,
    Il lui a consacré quelques vers, en latin ;
    Car il maîtrisait bien les langues séculaires,
    Il aimait fréquenter nos ancêtres lointains.

    Marie Pas Claire était d’harmonie désireuse ;
    Le dieu qu’elle servait s’appelait Idéal,
    C’est celui qui naquit au mois de Floréal.

    Puis, ils ont plaisanté pendant les heures creuses ;
    Un ermite voisin, par leur rire attiré,
    Leur offrit tout le vin qu’ils ont pu désirer.

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