Poème 'Ô trois et quatre fois malheureuse la terre' de Joachim DU BELLAY dans 'Les Regrets'

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Ô trois et quatre fois malheureuse la terre

Joachim DU BELLAY
Recueil : "Les Regrets"

Ô trois et quatre fois malheureuse la terre
Dont le prince ne voit que par les yeux d’autrui,
N’entend que par ceux-là qui répondent pour lui,
Aveugle, sourd et muet plus que n’est une pierre !

Tels sont ceux-là, Seigneur, qu’aujourd’hui l’on resserre
Oisifs dedans leur chambre, ainsi qu’en un étui,
Pour durer plus longtemps, et ne sentir l’ennui
Que sent leur pauvre peuple accablé de la guerre.

Ils se paissent enfants de trompes et canons,
De fifres, de tambours, d’enseignes, gonfanons,
Et de voir leur province aux ennemis en proie.

Tel était celui-là, qui du haut d’une tour,
Regardant ondoyer la flamme tout autour,
Pour se donner plaisir chantait le feu de Troie.

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Commentaires

  1. Combien serait heureuse et paisible la Terre
    Si chacun désirait songer au bien d'autrui,
    Si chacun produisait la joie autour de lui,
    Et si nul ne croyait que son coeur fût de pierre !

    Aujourd'hui, çà et là, de furieux adversaires
    Du matin jusqu'au soir s'affrontent à grand bruit,
    Et rêvent de combats tout au long de la nuit,
    Aujourd'hui brûle encore une flamme de guerre.

    Mais un jour se taira l'aboiement du canon.
    Sol que du sang humain, hélas, nous profanons,
    Plus personne demain ne te le fera boire.

    La ruine de Babel redeviendra la tour,
    Avec des feux de joie allumés tout autour ;
    Et nous dirons : "La paix, telle est notre victoire".

  2. Le roi Nemrod
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    Nemrod, un grand chasseur, un seigneur sur la terre,
    Prenait, en premier lieu,du gibier pour autrui,
    Puis, s’il y en avait, le reste était pour lui ;
    Il allumait son feu entre trois lourdes pierres.

    Il était comme l’aigle aux généreuses serres
    Quand il capture un lièvre et qu’il s’en va, sans bruit,
    L’offrir à ses enfants ; car cet aigle est conduit
    Au cours de ses actions, par son coeur débonnaire..

    Nemrod jamais ne fit résonner les canons
    Et jamais n’arbora d’orgueilleux gonfanon,
    Ce roi se contentait de ses modestes proies.

    Le soir, il s’asseyait tout en haut d’une tour,
    Composant des sonnets sur le monde alentour,
    Un barde nous l’enseigne, il convient qu’on le croie.

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Joachim DU BELLAY

Portait de Joachim DU BELLAY

Joachim du Bellay est un poète français né vers 1522 à Liré en Anjou, et mort le 1er janvier 1560 à Paris. Sa rencontre avec Pierre de Ronsard fut à l’origine de la formation de la « Pléiade », groupe de poètes auquel Du Bellay donna son manifeste, « la Défense et illustration de la langue... [Lire la suite]

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