Poème 'Psyché' de Théodore de BANVILLE dans 'Dans la fournaise'

Psyché

Théodore de BANVILLE
Recueil : "Dans la fournaise"

Psyché, dont la grâce inouïe
Charmait l’éther essentiel,
Voltige, encor tout éblouie,
Car elle vient du profond ciel.

Et pâle des apothéoses,
Sa lèvre à l’orgueil indompté
Boit dans le calice des roses
Un élixir de volupté.

Tantôt folâtre et sérieuse,
Avec l’oubli des jours défunts,
Elle sourit, victorieuse,
Dans la lumière et les parfums.

Mais fier comme Hermès trismégiste,
Par là, triste et la haine au flanc,
Passe un jeune entomologiste,
Avec sa boîte de fer-blanc.

Murmurant quelque diatribe,
Il porte un filet, comme les
Jeunes filles de monsieur Scribe,
Mais avec des gestes plus laids.

Il voit Psyché pleine de joie
Et son aile de vermillon
Dans la lumière qui flamboie.
Il dit: Ah! le beau papillon!

Ayant fini sa vie aptère,
Il vole à présent vers les cieux.
Il me faut ce lépidoptère
Dont l’aspect est délicieux.

Je crois que c’est une femelle.
Prenons-la. Pour la fatiguer,
Je veux être léger comme elle.
Je prétends la cataloguer.

Moyennant une grande épingle,
J’en serai quitte. C’est pour rien.
C’est cela qui perce et qui cingle
Et fixe un être aérien.

C’est ainsi que j’ai fait mon siège.
Car je veux la clouer, par ton,
Sur un joli morceau de liège
Étiqueté dans un carton.

Oui, vous y passerez, ma mie,
Avec un joli numéro
Conforme à la taxonomie.
Vous embellirez mon bureau.

A ces mots il se précipite,
Et ce disciple de Homais,
Atteignant l’Ame qui palpite,
La prend avec ses gros doigts. Mais

Devançant les troupes d’oiselles,
Psyché perd seulement un peu
De la poussière de ses ailes
Et s’évade vers le ciel bleu.

Au milieu des Instituts calmes
Déjà voyant son front lauré,
Cousant à son habit des palmes,
Toujours s’écriant: Je l’aurai!

Le savant que ce jeu suffoque,
Court et reprend haleine, et court,
Souffle et s’essouffle comme un phoque
Et finalement reste court;

Et Psyché, fulgurante et leste,
Avec des vols désordonnés,
S’engouffre dans l’azur céleste,
En lui faisant des pieds de nez!

16 septembre 1890.

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Théodore de BANVILLE

Portait de Théodore de BANVILLE

Etienne Jean Baptiste Claude Théodore Faullain de Banville, né le 14 mars 1823 à Moulins (Allier) et mort le 13 mars 1891 à Paris, est un poète, dramaturge et critique français. Célèbre pour les « Odes funambulesques » et « les Exilés », il est surnommé « le poète du... [Lire la suite]

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