Poème 'Retour' de Théodore de BANVILLE dans 'Dans la fournaise'

Retour

Théodore de BANVILLE
Recueil : "Dans la fournaise"

Chasseurs, gent carnassière,
Secouez la poussière
De vos chapeaux flétris.
Voici Paris!

Et vous, rois du beau monde,
Qui, dans la clarté blonde,
Traîniez par les chemins
Vos parchemins,

Rentrez, battant d’une aile,
Dans la ville éternelle
Aux vastes horizons
Pleins de maisons!

Vous couvriez de malles
Nos stations thermales.
Toutes ces villes d’eaux
Ont si bon dos!

On y flirte à son aise
Dans l’or d’une fournaise
Où les seuls gens marris
Sont les maris.

Ah! lorsque juin farouche
Pose sur notre bouche
D’ardents charbons de feu
Comme par jeu,

S’en aller, c’est un rêve!
Errer sur quelque grève,
C’est un luxe enchanté
De volupté.

On s’enivre à l’aurore
Du hurlement sonore
Qui monte de la mer
Au flot amer.

Ou la forêt hagarde
Longuement vous regarde
Avec ses profonds yeux
Mystérieux.

Sur les montagnes blanches
Où sont les avalanches,
La neige des sommets
Vous ravit. Mais

Paris, qui chante et souffre,
Est la mer et le gouffre
Avec ses larges flots
Pleins de sanglots.

La mégère hargneuse
Près d’une Maufrigneuse,
La fleur rose et l’égout,
Paris a tout.

Les toisons de ces femmes
Y déroulent des gammes,
Et les coeurs des huissiers
Sont des glaciers.

A Paris, Cléopâtre
Vit, et montrant l’albâtre
De son sein effréné,
Revient Phryné.

C’est la métempsycose!
Et comme gaîment cause
Cet effronté bavard,
Le boulevart!

Il sied d’y faire halte.
Oh! comme sur l’asphalte
On y voit des palais
Et des mollets!

Mais parlons des théâtres
Sérieux et folâtres.
Verrons-nous un Reszké?
C’est bien risqué.

Oui, dans notre caverne,
La Mode offre et gouverne
Bien plus de Koh-innors
Que de ténors.

Des lèvres et des âmes
Qu’en vain nous épuisâmes
Coule un flot d’infini
Chez Tortoni.

L’esprit joue et s’envole
Comme un oiseau frivole
Montant et descendant;
Et cependant,

Comme, la trouvant belle,
Un enfant saisit l’aile
Peinte de vermillon
D’un papillon,

Le flâneur, qui s’amuse
Du babil de la muse,
Prend et saisit au vol
Un mot de Scholl!

30 septembre 1890.

Poème préféré des membres

Aucun membre n'a ajouté ce poème parmi ses favoris.

Commentaires

Aucun commentaire

Rédiger un commentaire

Théodore de BANVILLE

Portait de Théodore de BANVILLE

Etienne Jean Baptiste Claude Théodore Faullain de Banville, né le 14 mars 1823 à Moulins (Allier) et mort le 13 mars 1891 à Paris, est un poète, dramaturge et critique français. Célèbre pour les « Odes funambulesques » et « les Exilés », il est surnommé « le poète du... [Lire la suite]

© 2017 Un Jour Un Poème - Tous droits réservés
UnJourUnPoeme sur Facebook UnJourUnPoeme sur Twitter RSS
Nos partenaires : Le Mot pour la frime | Poetiz | Permis moto