Poème 'Rêve' de Jules LAFORGUE dans 'Premiers poèmes'

Rêve

Jules LAFORGUE
Recueil : "Premiers poèmes"

Sonnet

Je ne puis m’endormir, je rêve, au bercement
De l’averse emplissant la nuit et le silence.
Tout dort, aime, boit, joue, – oh! par la terre immense,
Qui songe à moi, dans la nuit noire, en ce moment ?

Le Témoin éternel qui trône au firmament,
Me voit-il ? m’entend-il ? – oh! savoir ce qu’il pense!…
Comme la vie est triste… – à quoi bon l’Existence?…
- Si ce globe endormi mourait subitement!…

Si rien ne s’éveillait demain! – oh! quel grand rêve!…
Plus qu’un bloc sans mémoire et sans cœur et sans sève
Qui sent confusément le Soleil et le suit…

- Les siècles passent, nul n’est là; plus d’autre bruit
Que la plainte du vent et du flot sur la grève,
Rien qu’un cercueil perdu qui roule par la Nuit.

Poème préféré des membres

MALICE a ajouté ce poème parmi ses favoris.

Commentaires

  1. Ce poème est différent de l'original

  2. Le poème présenté ici est la deuxième version de "Rêve" de Jules Laforgue.
    Voici la première version :

    "Je ne puis m'endormir; je songe, au bercement
    De l'averse emplissant la nuit et le silence.
    On dort, on aime, on joue. Oh! par la Terre immense,
    Est-il quelqu'un qui songe à moi, dans ce moment ?

    Le Témoin éternel qui trône au firmament,
    Me voit-il ? me sait-il ? Qui dira ce qu'il pense?
    Tout est trop triste et sale. - À quoi bon l'Existence?
    Si ce Globe endormi gelait subitement ?

    Si rien ne s'éveillait demain! Oh! quel grand rêve!
    Plus qu'un stupide bloc sans mémoire et sans sève
    Qui sent confusément le Soleil et le suit.

    Les siècles passent. Nul n'est là. Pas d'autre bruit
    Que le vent éternel et l'eau battant les grèves....
    Rien qu'un Cercueil perdu qui flotte dans la Nuit."

  3. Croisière de l’héraldiste
    ------------------------------

    L’héraldiste, emporté par le lent bercement
    Du grand courant marin, qui progresse en silence,
    Traverse un long lambeau de l’Océan immense,
    Et notez que cela lui prend un bon moment.

    Cinq cent millions de feux brillent au firmament ;
    Leur clarté se répand, bien plus qu’on ne le pense.
    L’héraldiste n’a point souci de l’existence,
    Tous ses petits soucis s’en vont, subitement.

    La mer se fait d’azur, comme dans un beau rêve,
    Sur les îles, les bois sont éclatants de sève,
    L’homme écoute avec joie la mouette qui le suit.

    Qu’importe si l’on doit remonter sur la grève,
    Retrouver le sol ferme, et le monde, et le bruit :
    Survivra la douceur de cette belle nuit.

  4. Hiatus irrationnalis 1933
    -------------------------

    Παντα ῥει

    Choses que coule en vous la sueur ou la sève,
    Formes, que vous naissiez de la forge ou du sang,
    Votre torrent n’est pas plus dense que mon rêve,
    Et si je ne vous bats d’un désir incessant,

    Je traverse votre eau, je tombe vers la grève
    Où m’attire le poids de mon démon pensant ;
    Seul il heurte au sol dur sur quoi l’être s’élève,
    Le mal aveugle et sourd, le dieu privé de sens.

    Mais, sitôt que tout verbe a péri dans ma gorge,
    Choses qui jaillissez du sang ou de la forge,
    Nature –, je me perds au flux d’un élément :

    Celui qui couve en moi, le même vous soulève,
    Formes que coule en vous la sueur ou la sève,
    C’est le feu qui me fait votre immortel amant.

  5. .

    « Hiatus irrationalis » est vraiment de Jacques Lacan, voir

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Lacan#Jeunesse_.281901-1925.29

  6. Un oiseau lacanien
    -------------------------

    Le faucon lacanien est un buveur de sève,
    Il en fait du nectar, il la transforme en sang,
    Il est Horus, le dieu dont le monde est le rêve,
    Il parcourt le cosmos de son vol incessant,

    Il franchit la montagne et plane sur la grève
    Où voudraient l’affronter mille démons pensants ;
    Il tourne autour d’une île, il plonge et puis s’élève,
    C’est Horus le vainqueur, c’est Horus le puissant;

    Nul tigre ne surgit pour le mordre à la gorge,
    Il ne craint aucune arme issue d’humaine forge,
    Il est maître du temps comme des éléments.

    Le peuple contre lui jamais ne se soulève,
    Son prêtre dit pour lui des oraisons, sans trêve :
    Hathor, la Sainte Vache, en fera son amant.

Rédiger un commentaire

© 2017 Un Jour Un Poème - Tous droits réservés
UnJourUnPoeme sur Facebook UnJourUnPoeme sur Twitter RSS
Nos partenaires : Le Mot pour la frime | Poetiz | Permis moto