Poème 'Complainte des pubertés difficiles' de Jules LAFORGUE dans 'Les Complaintes'

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Complainte des pubertés difficiles

Jules LAFORGUE
Recueil : "Les Complaintes"

Un éléphant de Jade, œil mi-clos souriant,
Méditait sous la riche éternelle pendule,
Bon bouddha d’ exilé qui trouve ridicule
Qu’on pleure vers les Nils des couchants d’Orient,
Quand bave notre crépuscule.

Mais, sot Éden de Florian,
En un vase de Sèvres où de fins bergers fades
S’offrent des bouquets bleus et des moutons frisés,
Un œillet expirait ses pubères baisers
Sous la trompe sans flair de l’éléphant de Jade.

A ces bergers peints de pommade
Dans le lait, à ce couple impuissant d’ opéra
Transi jusqu’au trépas en la pâte de Sèvres,
Un gros petit dieu Pan venu de Tanagra
Tendait ses bras tout inconscients et ses lèvres.

Sourds aux vanités de Paris,
Les lauriers fanés des tentures,
Les mascarons d’or des lambris,
Les bouquins aux pâles reliures
Tournoyaient par la pièce obscure,
Chantant, sans orgueil, sans mépris :

«Tout est frais dès qu’on veut comprendre la nature.»
Mais lui, cabré devant ces soirs accoutumés,
Où montait la gaîté des enfants de son âge,
Seul au balcon, disait, les yeux brûlés de rages :
«J’ai du génie, enfin: nulle ne veut m’aimer ! »

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Commentaires

  1. C'est un éléphant jaune, il voudrait que j'achète
    Les trois mille bouquins qu'il a dans son bureau.
    Je lui ai répondu que je n'y tiens pas trop,
    Ce ne sont que sonnets par de maudits poètes.
    *
    Alors l'éléphant mauve organise une fête.
    Je lui dis qu'il me faut avant tout du repos,
    Afin d'être, demain, suffisamment dispos
    Pour que l'oeuvre du jour soit correctement faite.
    *
    L'éléphant orange offre une métaphysique,
    Le bel éléphant rose, un breuvage alcoolique,
    Je les ai donc laissés se débrouiller entre eux.
    *
    Enfin, l'éléphant rouge enseigne le silence.
    C'est donc en sa faveur que penche la balance,
    Avec lui, sans parler, je suis un homme heureux.

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