Poème 'Rue de l’Éperon' de Théodore de BANVILLE dans 'Dans la fournaise'

Rue de l’Éperon

Théodore de BANVILLE
Recueil : "Dans la fournaise"

A H. Giacomelli

Mon jardin est situé rue
De l’Éperon. Il est joli
Comme une oasis, apparue
En rêve, ô Giacomelli!

Devant son ombre taciturne
Où le soleil vient par éclairs,
Les vieux arbres géants de Furne
Dressent leurs beaux feuillages clairs.

Joignant leurs branches familières,
Vivaces comme les abus,
Sur la maison grimpent deux lierres
Impérieux, aux troncs barbus.

Parfois même ils font une ligne
Droite, jusque chez le voisin,
Et près d’eux s’étale une vigne
Qui ne produit pas de raisin.

Elle s’offre au jour qui la fête
Et rit avec frivolité,
Car tout porte, chez le poëte,
Ce cachet d’inutilité.

Mes rhododendrons s’aguerrissent,
Et quant à mes sveltes lilas,
D’abord, une année, ils fleurissent,
Puis, l’autre année, ils sont trop las.

Pour mes roses ambroisiennes,
Elles ont dans leur teint vermeil
Des pâleurs de Parisiennes
Trop oublieuses du sommeil.

Puis, dédaignant les ritournelles,
Mille oiseaux, devant mon palais,
Improvisent des villanelles,
Des rondeaux et des triolets,

Et fuyant les rimes d’Alzire,
Ils en font un recueil entier
Que publiera, s’il le désire,
Notre ami Georges Charpentier.

L’oeil irisé comme une perle,
Fin comme un pastel de Renoir,
Sous les arbustes flâne un merle
Du meilleur monde, en habit noir.

Austère et lisse, il doit écrire
Dans quelque Journal des Débats,
Où l’on trouve bien de quoi frire;
Il est correct, il a des bas.

C’est un seigneur, du cant esclave!
Mais l’oiselet musicien
Dit: Évitons cet oiseau grave,
C’est un académicien.

Juillet 1879.

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