Poème 'Thébaïde' de Louis MÉNARD dans 'Rêveries d’un païen mystique'

Thébaïde

Louis MÉNARD
Recueil : "Rêveries d’un païen mystique"

Quand notre dernier rêve est à jamais parti,
Il est une heure dure à traverser ; c’est l’heure
Où ceux pour qui la vie est mauvaise ont senti
Qu’il faut bien qu’à son tour chaque illusion meure.

Ils se disent alors que la part la meilleure
Est celle de l’ascète au cœur anéanti,
Ils cherchent au désert la paix intérieure,
Mais cette fois encor l’espérance a menti.

J’ai voulu vivre ainsi sans amour et sans haine,
Et j’ai fermé mon âme au désir, qui n’amène
Que le regret, souvent le remords, après lui.

Mais je ne trouve, au lieu de la béatitude,
Au lieu du ciel rêvé dans l’âpre solitude,
Que la morne impuissance et l’incurable ennui.

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Commentaires

  1. Écuyer-griffon
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    Mille blasons de guerre, ou coupés, ou partis,
    Sur le champ de bataille ont surgi à toute heure,
    Mille guerriers vaillants, sur la plaine, ont senti
    Les battements des coeurs qui vivent et qui meurent.

    La guerre est un échec, la paix serait meilleure ;
    Plusieurs, avant cela, seront anéantis.
    Heureux ceux qui s’en vont dans la paix intérieure,
    Heureux ceux dont l’espoir ne fut pas démenti.

    Un écuyer-griffon, pour conjurer leur haine,
    La réconciliation vers le soir leur amène ;
    Les yeux des combattants se posent tous sur lui.

    Sous les acclamations de la béatitude,
    Le calme vient gagner ces vastes solitudes ;
    Une petite voix dit : c’est la fin des ennuis.

  2. Moulin de maître Perutz
    --------------------

    Camarade meunier, où donc es-tu parti ?
    Tu ne les aides plus dans cette mauvaise heure,
    Ces amis qui jadis ont tous deux consenti
    À provisoirement permuter leurs demeures.

    As-tu quitté ces lieux pour une vie meilleure ?
    Ton esprit vagabond s’est-il anéanti ?
    Ou bien, reposes-tu dans la paix intérieure,
    Comme bien la mérite un pécheur repenti ?

    As-tu le souvenir de ta nature humaine ?
    Peut-être n’es-tu plus qu’un feu qui se promène
    Et que le Créateur tolère auprès de lui.

    Or, que tu sois en peine ou en béatitude,
    Tu peux bien profiter de la vraie solitude :
    Un meunier sans moulin, c’est la fin des ennuis.

  3. Mélancolie des vieux murs
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    La maison se souvient de ceux qui sont partis,
    Les cadrans arrêtés ne marquent plus les heures ;
    Ce manoir déserté respire au ralenti,
    Édifice sans âme, inutile demeure.

    Pourquoi se souvenir d’une époque meilleure ?
    Pourquoi commémorer un monde anéanti ?
    N’a-t-il pas mis un terme à ta vie intérieure,
    Lui qui de son départ ne s’est point repenti ?

    Voilà le triste effet de l’inconstance humaine,
    Un logis se désole, et l’homme se promène,
    Qui croit que l’univers est tout entier pour lui.

    Tu gardes le regret de ta béatitude,
    Toi qui n’es même plus un lieu de solitude ;
    Tes nouveaux maîtres sont la Tristesse et l’Ennui.

  4. Écuyers de la dive bouteille
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    Du bienveillant Bacchus nous prenons le parti,
    Auquel nous demandons réconfort, à toute heure ;
    Autour de l’apéro, tout le monde est gentil,
    Les projets se défont et le pinard demeure.

    Un hérétique dit que la bière est meilleure,
    Il est même insistant, mais il en a menti ;
    De pareilles idées jamais ne nous effleurent,
    Qui semblent provenir d’un esprit ralenti.

    Gardons les alcools forts pour les énergumènes,
    Auxquels nous pardonnons, car l’erreur est humaine,
    Ayons pitié de ceux que Lucifer séduit.

    Rejoignons Rabelais dans sa béatitude,
    En bonne compagnie,ou dans la solitude ;
    Vivent les vignerons et leurs nobles produits !

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Louis MÉNARD

Portait de Louis MÉNARD

Louis-Nicolas Ménard, né à Paris le 19 octobre 1822 et mort à Paris le 9 février 1901, est un écrivain et poète français. Condisciple de Baudelaire au lycée Louis-le-Grand, il entra ensuite à l’École normale. Peu après avoir publié en 1843 un ouvrage intitulé « Prométhée délivré » sous le... [Lire la suite]

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