Poème 'A M. A. T.' de Alfred de MUSSET dans 'Poésies nouvelles'

A M. A. T.

Alfred de MUSSET
Recueil : "Poésies nouvelles"

Sonnet

Ainsi, mon cher ami, vous allez donc partir !
Adieu ; laissez les sots blâmer votre folie.
Quel que soit le chemin, quel que soit l’avenir,
Le seul guide en ce monde est la main d’une amie.

Vous me laissez pourtant bien seul, moi qui m’ennuie.
Mais qu’importe ? L’espoir de vous voir revenir
Me donnera, malgré les dégoûts de la vie,
Ce courage d’enfant qui consiste à vieillir.

Quelquefois seulement, près de votre maîtresse,
Souvenez-vous d’un coeur qui prouva sa noblesse
Mieux que l’épervier d’or dont mon casque est armé ;

Qui vous a tout de suite et librement aimé,
Dans la force et la fleur de la belle jeunesse,
Et qui dort maintenant à tout jamais fermé.

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Commentaires

  1. Sagesse du tournesol
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    Le tournesol le sait, le soleil va partir
    Et, pour toute une nuit, rejoindre une autre rive ;
    Puis l’horizon de l’Est le verra revenir
    Et caresser la fleur de sa lumière vive.

    Moi-même, je ressemble à cette fleur pensive
    Qui songe calmement à son proche avenir ;
    Recevant avec joie le soleil qui arrive
    Et ne craignant jamais le temps de s’endormir.

    Du tournesol, la lune est une autre maîtresse,
    Un astre bienveillant qui prouva sa noblesse
    Par l’accueil qu’elle fit aux hommes désarmés.

    De lune et de soleil tournesol est aimé,
    Même s’il a perdu sa première jeunesse,
    Et s’il sait qu’il devra bientôt se refermer.

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