Poème 'Bonne fortune et fortune' de Tristan CORBIERE dans 'Les Amours jaunes'

Bonne fortune et fortune

Tristan CORBIERE
Recueil : "Les Amours jaunes"

Odor della feminita.

Moi, je fais mon trottoir, quand la nature est belle,
Pour la passante qui, d’un petit air vainqueur,
Voudra bien crocheter, du bout de son ombrelle,
Un clin de ma prunelle ou la peau de mon coeur…

Et je me crois content – pas trop ! – mais il faut vivre :
Pour promener un peu sa faim, le gueux s’enivre….

Un beau jour – quel métier ! – je faisais, comme ça,
Ma croisière. – Métier !… – Enfin, Elle passa
– Elle qui ? – La Passante ! Elle, avec son ombrelle !
Vrai valet de bourreau, je la frôlai… – mais Elle

Me regarda tout bas, souriant en dessous,
Et… me tendit sa main, et…
m’a donné deux sous.

Rue des Martyrs.

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Commentaires

  1. Toujours de l'humour derrière le désespoir.
    Poète méconnu de son vivant, il donne à notre coeur, aujourd'hui, sa délicatesse et sa poésie un peu décalée, l'art et la manière de se moquer de soi-même.

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