Poème 'Dès que ce Dieu soubs qui la lourde masse' de Etienne JODELLE dans 'Contr'amours'

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Dès que ce Dieu soubs qui la lourde masse

Etienne JODELLE
Recueil : "Contr'amours"

Dès que ce Dieu soubs qui la lourde masse,
De ce grand Tout brouillé s’écartela,
Les cieux plus hauts clairement étoila,
Et d’animaulx remplit la terre basse :

Et dès que l’homme au portrait de sa face
Heureusement sur la terre il moula,
Duquel l’esprit presqu’au sien égala,
Heurant ainsi sa prochaine race :

Helas ! ce Dieu, helas ! ce Dieu vit bien
Qu’il deviendrait cet homme terrien,
Qui plus en plus son intellect surhausse.

Donc tout soudain la Femme va bastir,
Pour asservir l’homme et aneantir
Au faux cuider d’une volupté faulse.

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Commentaires

  1. Tératoptère
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    Ah, quel oiseau ! formidable est sa masse ;
    De quatre becs, Nature l'affubla,
    Ce dont, jamais, son coeur ne se troubla,
    Ni ne broncha son cerveau de limace.

    Il voit le ciel avec ses quatre faces,
    Qu'au temps jadis, déjà, il contempla,
    Et dans lequel, sans doute, il s'accoupla
    En vol plané, comme ceux de sa race.

    Il ne connaît ni le mal, ni le bien,
    Mais on dirait qu'il ne manque de rien,
    Car l'univers tous ses désirs exauce.

    Vous demandez à quoi cet oiseau sert :
    Je vous réponds qu'il a fort tendre chair,
    J'en ai mangé, mardi dernier, en sauce.

  2. Monachusromulus et Remusmonachus
    -----------------------------------------

    De vêtements, ils n’en ont pas des masses,
    Tout juste ceux dont on les affubla :
    Ce dont, jamais, leur coeur ne se troubla,
    Ni ne changea leur bienveillante face.

    Ils voient le ciel, et le vent qui les glace ;
    Ce même ciel que Benoît contempla ;
    Ils voient aussi le paysage plat
    Où les saisons ne laissent nulle trace.

    Sans rechercher ni le mal, ni le bien,
    Nous pouvons voir qu’ils ne manquent de rien,
    Car l’univers tous leurs désirs exauce.

    Vous demandez à quoi leur ordre sert :
    Je vous réponds que cela n’est pas clair,
    Chacun des deux fit de l’autre la fosse.

  3. Piaf-Modeste
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    Ce bel oiseau modestement s’efface,
    La vanité jamais ne l’accabla ;
    Seule, une oiselle, un jour, son coeur troubla,
    Mais guère plus qu’un nuage qui passe.

    C’est un rêveur, ce n’est pas un rapace,
    La lune au ciel souvent il contempla ;
    Presque amoureux de ce visage plat,
    Il dit un mot de prière, à voix basse.

    L’obscurité, dont il se trouve bien,
    Cette forêt, pour lui c’est mieux que rien,
    Il fait des voeux que le hasard exauce.

    Il est patient dans la saison d’hiver
    Car, il le sait, tout redeviendra vert,
    Cette espérance, elle au moins, n’est pas fausse.

  4. Herbe trinitaire
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    L’air est humide et la terre est bien grasse,
    Tout le jour brille un soleil sans éclat ;
    Un peu plus tôt la brume m’encercla,
    Un petit vent d’hiver m’en débarrasse.

    Je suis le Trèfle, un seigneur des espaces,
    Dans ce grand pré j’ai le rang de prélat ;
    Mon triple corps qu’un ange modela
    Semble ce Dieu qui jamais ne trépasse.

    Je dis à l’herbe où se trouve le bien,
    Je le lui dis, mais elle n’entend rien,
    Je lui pardonne, et tous ses voeux j’exauce.

    J’aime l’automne et j’aime aussi l’hiver
    J’aime l’Irlande et ses horizons verts,
    J’aime un peu moins les plaines de la Beauce.

  5. Trois égale quatre
    ---------

    Trèfle à quatre feuilles
    Ou quartefeuille héraldique,
    Super-trinité.

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Etienne JODELLE

Portait de Etienne JODELLE

Étienne Jodelle, né en 1532 à Paris où il est mort en juillet 1573, est un poète et dramaturge français. Membre de la Pléiade, il s’efforça d’en appliquer les principes à l’art théâtral. Il fut le premier à utiliser l’alexandrin dans la tragédie. Il apparaît comme un précurseur de la tragédie à... [Lire la suite]

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