Poème 'Façons de parler façons de voir' de Paul ÉLUARD dans 'Poésie et vérité'

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Façons de parler façons de voir

Paul ÉLUARD
Recueil : "Poésie et vérité"

I

Je me lève, je suis jeune. Quand je me couche, le soir je suis vieux, je vais mourir dans la nuit. On m’enterrera demain. Et pourtant, le matin je suis jeune. Mes vêtements plus légers, mon corps plus apparent, mes yeux plus clairs font le monde plus léger, plus apparent, plus clair. Une meilleure circulation.

II

Ce matin, à six heures, l’air est pâle, le soleil absolument blanc et plat. Un seul mur devant un immense horizon me donne l’idée de l’espace. Un seul mur dans lequel s’ouvre à peine une fenêtre comme une petite plante bleue cueille dans l’eau et réconciliée avec le soleil.

III

Nous sommes en Juin, la fête est dans tout son éclat, la nudité première, gracile et satinée, entre dans ma chambre. L’été est simple, il faut se confier à l’été. Tout s’élance et s’envole et s’allume.

IV

Chaque matin, baignée, la fleur garde sa force. Une main d’arbre dans un gant d’herbe. Sa force et sa fraîcheur. Des grappes de rosée glaciale, toujours la même.

V

Chaque matin, baignée, la fleur ne pâlit pas. Et la feuille reste verte. La lumière paraît s’éprendre, s’inspirer de la verdure ardente, de la fleur odorante. Feuille ancienne, fleur nouvelle et fleur d’hier, espoir et rapide proie.

VI

La fleur, qui a été belle comme un enfant, est livrée au soleil comme le bois aux flammes. Il y a plus de rapports entre l’arbre et la fleur qu’entre l’os et la chair, qu’entre la rainette et la truite. Plus de rapports entre la fleur et la flamme qu’entre le couteau et la scie.

VII

Entre la beauté des enfants et le beau temps que je reçois chez moi, j’intercale une prière : « Bel été, ouvre l’œil sur moi. Jusqu’au soir. » Car, d’image en image, tout s’est écoulé. Le jour a déjà pris la mesure de la vie et l’accent monotone du soleil utile.

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Commentaires

  1. Matin de mai
    ____________

    I

    Paul est jeunot quand il s'éveille,
    Il est vieux quand il s'ensommeille ;
    Il entre le soir au caveau,
    Il en sort jeune, au jour nouveau.

    II

    L'air est blanc, le soleil est plat,
    Sur un mur il met son éclat ;
    Dans ce mur s'ouvre une fenêtre
    Donnant l'espoir à tous les êtres.

    III

    Dans la chambre advient la douceur,
    C'en est fini de la noirceur ;
    La clarté se montre et s'allume,
    Paul devient léger comme plume.

    IV

    La main d'arbre est dans un gant d'herbe,
    La pensée en habit de verbe ;
    L'âme prend son vol initial,
    Baignée dans un fluide glacial.

    V

    La fleur en joie, la feuille verte ;
    Monde ouvert à la découverte,
    Café dont monte le parfum
    Se mêlant aux rêves défunts.

    VI

    Fleur qui brille et soleil en flammes :
    C'est l'amour qui est au programme,
    La pulsation chez l'animal,
    La vibration dans le métal.

    VII

    Bel amour, accompagne-moi
    Au fil des jours, au fil des mois ;
    Chaque instant mesure nos vies
    Et à bien vivre nous convie.

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Paul ÉLUARD

Portait de Paul ÉLUARD

Paul Éluard, de son vrai nom Eugène Émile Paul Grindel (14 décembre 1895 à Saint-Denis – 18 novembre 1952 à Charenton-le-Pont ), est un poète français. C’est à l’âge de vingt et un ans qu’il choisit le nom de Paul Éluard, hérité de sa grand-mère, Félicie. Il adhère au dadaïsme et est l’un des... [Lire la suite]

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