Poème 'Histoire pour rire' de marisolle

Histoire pour rire

marisolle

Je me suis mise à rouiller, un jour, comme ça, sans prévenir. Je montais l’escalier, quand soudain, mes genoux se sont mis à grincer. Un bruit de vieille machine grippée. Non seulement le bruit,mais ça faisait un mal de chien, ce truc !

Moi qui de ma vie, n’avait jamais rien ressenti ! voilà que d’un coup, pan, je rouille. C’était pas la pluie, chez nous,il pleut très peu, juste dire arroser le jardin. Mais alors, de quoi cela vient-il ?

Car j’en suis certaine, je rouille !! Y a d’abord eu les genoux, mais maintenant, c’sont les poignets et les coudes. J’le sens v’nir, l’matin au réveil, quand j’m'étire d’toute mes forces pour chasser l’ sommeil !

Alors, je force, de toutes mes forces, jusqu’à m’en pêter les tendons, faire couler la synovie, et je n’sais encore pas quel rouage ! Rouiller moi, jamais d’la vie.

Donc, j’attends un peu, voir si les premiers soleils d’printemps vont r’tirer ma rouille.

Alors, le mois d’mars, ç’a rien fait. et pire encore, vlà qu’la rouille, elle est sur mes mains, des taches toutes brunes! Ah ben, en vlà d’une autre !

Moi qu’avais des mains toutes blanches ! C’est pas banal c’t'affaire.

J’vas y mettre du citron, parait qu’c'est bon pour la peau, qu’ça l’adoucit.

Ah oui, ben en vlà d’une autre, j’avais pas plutôt mis l’jus d’citron qu’ma peau, elle d’vient toute ridée ! Et pas qu’les mains ! la figure aussi.

La Germaine m’dit « mets d’la crême ». Alors, me vlà partie à la ferme chercher un bol d’ crême bien fraîche d’la veille. Et j’te tartine, que j’ te tartine. Et des jours et des s’maines, mais macache, les rides sont restées. Y en avait dans tous les coins, sur la figure, l’cou,les bras, du haut en bas !! Et le peau qui pendait !! moi qu’était si dodue ! si bien roulée !

Moi qu’étais si contente qu’les garçons m’fassent la causette, quèque fois un brin d’cour !

Comment qu’y vont m’ergarder à c’t'heure .?

Mais c’est pas tout ça, vlà qu’maint’nant, ma tête elle rouille aussi. y a des fois, que dans mon crâne tout s’bouscule, que j’sais pus quelle date qu’on est, si c’est dimanche ou mardi, ou mercredi et pis si j’vais à l’épic’rie ou à la boucherie !

Tout ça, c’est d’la faute à la rouille.

Alors, je m’suis décidée d’aller voir l’ docteur qui m’a r’gardé étonné. Et quand j’lui ai eu espliqué mon problème, le vlà qui rigole tout c’qui savait.

Ah ben, non alors ! J’rouille moi !

Alors, vous savez c’qu’y m’dit ?

Mais ma pauvre dame, vous êtes vieille et c’est pour ça que vous vous croyez rouillée. C’est normal.

Comment ça normal ? j’ai seul’ment 90 ans et y voudrait qu’j'arrête d’faire tout c’que je fais !

C’est qu’j'ai encore envie d’gambader, d’danser, d’chanter, oui ça, j’chante faux mais quand même et d’faire d’l'oeil aux jolis garçons.Et d’mettre encore mes jolies jupes de toutes les couleurs.

J’veux pas être vieille moi !!

Alors j’suis r’partie d’chez lui et direct, j’me suis offert une jolie robe en dentelle que j’mettrai pour l’bal samedi. Comme ça tout l’monde me verra et y diront :

« qu’est-ce qu’elle reste jeune, la Zélie »

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