Poème 'La Nuit' de Théodore de BANVILLE dans 'Le sang de la coupe'

La Nuit

Théodore de BANVILLE
Recueil : "Le sang de la coupe"

A cette heure où les coeurs, d’amour rassasiés,
Flottent dans le sommeil comme de blanches voiles,
Entends-tu sur les bords de ce lac plein d’étoiles
Chanter les rossignols aux suaves gosiers ?

Sans doute, soulevant les flots extasiés
De tes cheveux touffus et de tes derniers voiles,
Les coussins attiédis, les draps aux fines toiles
Baisent ton sein, fleuri comme un bois de rosiers ?

Vois-tu, du fond de l’ombre où pleurent tes pensées,
Fuir les fantômes blancs des pâles délaissées,
Moins pâles de la mort que de leur désespoir ?

Ou, peut-être, énervée, amoureuse et farouche,
Pieds nus sur le tapis, tu cours à ton miroir
Et des ruisseaux de pleurs coulent jusqu’à ta bouche.

Octobre 1847

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Commentaires

  1. Cracheur de flammes
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    De feu ni de chaleur ne suis rassasié ;
    J’ai chez moi trois bûchers, que jamais rien ne voile,
    Et, si je le pouvais, j’y mettrais les étoiles
    Pour les faire glisser dans mon vaste gosier.

    Quand s’éveille un vocan,mon coeur extasié
    Bat quelque peu plus vite, et même, je me poile
    En songeant que nul mur, de granit ou de toile,
    Ne saurait contenir ce vivace brasier.

    Je suis le noir dragon, simples sont mes pensées,
    Chose autre qu’une flamme est par moi délaissée,
    Grâce à leur vif éclat, j’échappe au désespoir.

    Quand plus tendre se fait la dragonne farouche,
    La même combustion réchauffe nos deux bouches :
    Le feu croit s’observer dans un ardent miroir.

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