Poème 'L’Amarante' de Marc-Antoine Girard de SAINT-AMANT

L’Amarante

Marc-Antoine Girard de SAINT-AMANT

J’ai vu ses beaux cheveux blonds, charme des regards,
Sous l’ivoire d’un peigne alentour d’elle épars,
Représenter au vrai le Pactole en sa source,
Qui d’un haut marbre blanc faisant naître sa course,
Tombe à gros bouillons d’or, et loin de soi s’enfuit,
Excepté qu’en leur chute ils ne font point de bruit.
C’est ainsi qu’au matin l’Aurore échevelée
Vient annoncer le jour sur la voûte étoilée ;
C’est ainsi que Diane autrefois apparut
Aux yeux de l’indiscret qui son ire encourut,
Quand, surprise dans l’eau, sa main aussitôt prête
De cacher son beau corps avec sa propre tête
Lui construisit en hâte un voile flamboyant
Des vifs et longs rayons de son poil ondoyant,
Et voulut que son soin obtïnt le privilège
De pouvoir par du feu conserver de la neige.

Je l’ai vue en maint lieu pour le bal ordonné,
De cristaux suspendus richement couronné,
Ou plutôt de glaçons d’où s’exhalaient des flammes,
Gagner d’un seul regard les plus superbes âmes,
Ternir les diamants que le luxe y portait,
Éblouir les flambeaux dont la salle éclatait,
Et former de ses pieds de si nombreux mystères,
De si beaux entrelacs, de si doux caractères,
Tracés avec tant d’art pour enchanter les dieux
Et pour tirer à soi les esprits par les yeux,
Que les chiffres sacrés de l’obscure magie
Pour forcer les démons ont bien moins d’énergie.

J’ai vu les beaux trésors de ses deux monts de lait
S’enfler aimablement sous un jaloux collet,
Qui fâché que leur teint rende sa blancheur noire
Tâche au moins d’en couvrir la moitié de sa gloire.
Mais pour être trop fin il n’en sait rien cacher,
Il trahit ce qu’il baise, et ne peut empêcher
Qu’au travers des devants dont l’oeil perce l’obstacle
L’on ne jouisse à plein d’un si rare spectacle.

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Commentaires

  1. Pourquoi ne pas nommer William Cordier, photographe attitré du peintre Tony Fritz - Vilars (Paris 1910 - Rouen 1986) avec sa femme Dominique, photographe diplômée de la même école des Beaux-arts de Rouen que moi) ?
    William décédé dernièrement est l'auteur d'une biographie sur saint-Amant qui vivait du temps du Grand corneille qui lui a fait de l'ombre et que l'auteur du beau livre Corneille ne cite pas. Comme de Robert Brasilhac ne cite même pas.

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