Poème 'Les Adieux du coq' de Raymond RADIGUET dans 'Les Joues en feu'

Les Adieux du coq

Raymond RADIGUET
Recueil : "Les Joues en feu"

Que le coq agite sa crête
Où l’entendent les girouettes ;
Adieu, maisons aux tuiles rouges,
Il y a des hommes qui bougent.

Âme ni mon corps n’étaient nés
Pour devenir cette momie,
Bûche devant la cheminée
Dont la flamme est ma seule amie.

Vénus aurait mieux fait de naître
Sur le monotone bûcher
Devant lequel je suis couché,
La guettant comme à la fenêtre.

Nous ne sommes pas en décembre ;
Je ne serais guère étonné
Pourtant, si dans la cheminée,
Un beau matin je vois descendre

Vénus en pleurs du ciel chassée,
Vénus dans ses petits sabots
(De Noël les moindres cadeaux
Sont luxueusement chaussés).

Mais, Écho ! je sais que tu mens.
Par le chemin du ramoneur,
Comme en un miroir déformant,
Divers fantômes du bonheur,

À pas de loup vers moi venus,
Surprirent corps et âmes nus.
– Bonheur, je ne t’ai reconnu
Qu’au bruit que tu fis en partant.

Reste étendue, il n’est plus temps,
Car il vole, âme, et toi tu cours,
Et déjà mon oreille avide,
Suspendue au-dessous du vide,

Ne perçoit que la basse-cour.
Coq, dans la gorge le couteau
Du criminel, chantez encor :
Je veux croire qu’il est trop tôt.

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Commentaires

  1. Plumes reflétées
    ------------------

    S'il arrivait au coq de voir
    Son image au miroir,
    Contre un rival imaginaire
    Il partirait en guerre.

    Si l'écho lui renvoie son chant,
    Il devient très méchant,
    Il ébouriffe son plumage
    Et devient vert de rage.

    Mais voir un couteau de métal,
    Ça, c'est le plus brutal ;
    Il dit alors un « Notre Père »
    Juste avant de se taire.

  2. Coq de gueules
    -------------------

    Dans le ciel d'or un grand coq rouge
    Veut s'en prendre à tout ce qui bouge ;
    Tant que le jour n'est pas couché,
    Il change le monde en bûcher.

    Aussitôt que la nuit va naître,
    Il rêvera, près des fenêtres,
    Aux plumes des poules d'antan,
    Il y songera bien longtemps.

    Auprès du miroir déformant,
    Disant une histoire qui ment,
    Il scrutera d'un oeil avide
    Les trésors d'une boîte vide.

  3. Miroir d'ancre
    -----------------

    Cette belle ancre offre un miroir
    Où le marin s'amuse à voir
    Un univers imaginaire
    Qui jamais n'a connu la guerre.

    D'une bouteille le doux chant
    Évoque des instants touchants ;
    D'un grand navire de passage
    S'est embelli le paysage.

    Cette grande ancre de métal
    N'impose pas d'ordre total
    Aux reflets du monde ordinaire ;
    Ça, c'est pour les miroirs primaires.

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Raymond RADIGUET

Portait de Raymond RADIGUET

Raymond Radiguet est un écrivain français, né le 18 juin 1903 à Saint-Maur et mort le 12 décembre 1923 à Paris.
Ainé de sept enfants, il est le fils du dessinateur Maurice Radiguet (1866-1941). Sa mère est Jeanne Marie Louise Tournier (1884-1958). Après l’école communale, il passe l’examen des bourses et entre au... [Lire la suite]

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