Poème 'L’étang mort' de Jean LORRAIN dans 'L'ombre ardente'

L’étang mort

Jean LORRAIN
Recueil : "L'ombre ardente"

Comme un lointain étang baigné de clair de lune,
Le passé m’apparaît dans l’ombre de l’oubli.
Mon âme, entre les joncs, cadavre enseveli,
S’y corrompt lentement dans l’eau jaunâtre et brune.

Les croyances d’antan s’effeuillent une à une,
Tandis qu’à l’horizon suavement pâli,
Un vague appel de cor, un murmure affaibli
Fait vibrer le silence endormi sur la dune.

O blême vision, étang crépusculaire,
Songe en paix. Pleure en vain, olifant légendaire,
O nostalgique écho des étés révolus !

Un trou saignant au front, les Espérances fées
De longs glaïeuls flétris et de lys morts coiffées,
Au son charmeur du cor ne s’éveilleront plus.

Poème préféré des membres

Aucun membre n'a ajouté ce poème parmi ses favoris.

Commentaires

  1. Cochon lunaire
    -------------------

    Le cinquième porc fit un château sur la lune ;
    Au centre d'une plaine, hardiment établi,
    Près de la nécropole où sont ensevelis
    Des milliers d' ours vêtus de leur fourrure brune.

    Les lunaires journées s'y passent une à une ;
    Auprès de l'horizon, qui jamais ne pâlit,
    De mille astres l'éclat nullement ne faiblit !
    La demeure du loup est en forme de dune.

    La lune n'a jamais d'instant crépusculaire ;
    Les critiques diront : « Ça manque d'atmosphère. »,
    Ils ont un peu raison, d'ailleurs, dans l'absolu.

    Le loup et le cochon sont nourris par les fées
    Aux accords quotidiens de la lyre d'Orphée,
    Et de leur différend ne se souviennent plus.

  2. Splendeur du coq de sable
    ___________________

    Le coq de sable observe un beau lever de lune.
    La nuit vient apporter le songe et son oubli,
    Le soleil au Ponant s’étant enseveli ;
    Sur la minuit viendra la longue dame brune.

    Les étoiles du ciel s’allument une à une,
    Le volatile noir nullement ne pâlit,
    Car, retrouvant bientôt la douceur de son lit,
    Il rêvera d’un monde aux éternelles dunes ;

    Nous aimons, nous aussi, ce temps crépusculaire,
    La douceur qui s’installe alors dans l’atmosphère
    Et le printemps qui prend un parfum d’absolu

    Sois béni, noble coq, par la voix d’une fée,
    Toi qui es successeur et compagnon d’Orphée,
    L’un des derniers témoins d’un monde révolu.

Rédiger un commentaire

Jean LORRAIN

Portait de Jean LORRAIN

Paul Alexandre Martin Duval, dit Jean Lorrain, est un écrivain français à très forte tendance parnassienne, né à Fécamp le 9 août 1855 et mort à Paris le 30 juin 1906.
Jean Lorrain a été l’un des écrivains scandaleux de la Belle Époque, au même titre que Rachilde, Hugues Rebell et Fabrice Delphi. Ses œuvres peuvent... [Lire la suite]

© 2019 Un Jour Un Poème - Tous droits réservés
UnJourUnPoeme sur Facebook UnJourUnPoeme sur Twitter RSS