Poème 'Naissance d’Aphrodite' de Marie KRYSINSKA dans 'Rythmes pittoresques'

Naissance d’Aphrodite

Marie KRYSINSKA
Recueil : "Rythmes pittoresques"

A Théodore de Banville

Les plaines, les sombres plaines de la Mer
Frissonnent opprimées par le courroux des cieux
Mélancoliques jusqu’à la mort
Et déchirés des glaives brillants de l’éclair;
Les Vents sifflent ainsi que des serpents blessés;
Le Flot révolté, le Flot hurlant et sanglotant
Se débat, mordu d’antiques Désespoirs.
Et ce sont à présent
De sinistres chevauchées d’armures
Et le fracas des chocs et les cris d’agonie
Par les plaines, les sombres plaines de la Mer.
Toutes les Colères divines, tous les humains Tourments,
Grondent parmi ces Voix redoutables et tristes,
Grondent dans toutes ces Bouches écumantes,
Et tous les pleurs des Dieux, toutes les larmes des Hommes,
Roulent en ces flots révoltés, ces flots hurlants et sanglotants.
Par les plaines, les sombres plaines de la Mer.

* *

Or, voici naître la Déesse,
Aphrodite ingénue et terrible.
Elle pose sur la poitrine gémissante du Gouffre,
Que torture la tempête implacable -  Ses pieds plus implacables encore  Et aussi doux que des caresses
Longtemps souhaitées,
Ses beaux pieds blancs rapides comme des ailes.
Et les vagues conquises
Portent l’offrande de leurs perles mouillées
Vers Ses hanches intrépides,
Et vers Ses cuisses, recélant
la chaste beauté des bêtes,
Et tout le don divin des chers délires,
Les reflets du ciel illuminé soudain
Et les reflets de l’eau devenue radieuse,
S’unissent en accords de riches clartés
Sur la gloire tranquille de Son ventre.
Sur le torse immortel où palpite
La dangereuse et sublime Source des Extases.
Et sur les seins aigus comme des glaives,
Les reflets du ciel et de l’eau radieuse,
Ornent d’azur et d’or
Les bras aussi candides que des lys
S’abandonnant inertes de langueur,
Les épaules puissantes et charmantes
Qui sont comme fléchies
Sous le poids formidable de leur Royauté.
Mais plus éblouissant que tout le ciel illuminé,
Plus radieux que l’eau radieuse,
Est le clair visage d’Aphrodite.
Sa forme est pure comme une pure idée,
Et les miraculeuses lumières des prunelles
Sont brillantes comme au travers d’intarissables pleurs.
Malgré le sourire ambigu
Qui près des joues volète
Ainsi qu’une abeille
Vers le miel enivrant des lèvres.
Et, toute la mer apaisée,
Se prosterne devant
La grande Reine
Victorieusement surgie du fond de la tourmente.
Tandis que sur le ciel,
Flambe sa chevelure comme une torche ardente.

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Marie KRYSINSKA

Portait de Marie KRYSINSKA

Marie Anastasie Vincentine Krysinska, née à Varsovie le 22 janvier 1845 et morte à Paris le 16 octobre 1908, est une poétesse française. Fille d’un avocat de Varsovie, Marie Krysinska de Lévila vient à Paris étudier au Conservatoire de musique, études qu’elle abandonne bientôt pour s’adonner à la littérature.... [Lire la suite]

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