Poème 'Nous sommes nos rêves' de FAB

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Nous sommes nos rêves

FAB

Nous vivons là débarrassés du temps et en même temps précisément dans un espace d’images et de sensations.
C’est plus un désir qu’un souvenir puisqu’on se trouve dégagé du réel.

Nos rêves nous portent en nous.
Ils nous portent vers nous-mêmes.

C’est le moment où nous nous retrouvons, accueillant l’enfant que nous fûmes et la vieille personne que nous serons. Dans un idéal de soi asynchrone et sensible.

Et puis nous embrassons la Nature, avec ses sensations, ses perfections, ses cruautés, ses beautés. Nous ne nous sommes jamais sentis plus vivants que dans ce rêve. Nous changeons d’état, nous changeons d’image.
Nous nageons, nous rampons, nous sautons, nous volons.

Nous sommes la truite argentée remontant le courant de cette rivière fraîche et bruissante, dans l’éclat du rayon de printemps.
Nous sommes la couleuvre fine et irisée qui glisse en cherchant la pierre la plus chaude du sentier bordé de thym.
Nous sommes l’écureuil doré grimpant le long des pins torturés, porté par la douceur de sa queue ébouriffée et l’éclat vif de son œil noir.
Nous sommes le geai aux plumes indigo qui vient se poser en riant fort sur sa nichée affamée et pépiante, son nid de mousse et de brindilles dérobées à la forêt déracinée.
Nous sommes les étoiles du ciel qui traversent l’espace pour raconter la mythologie à deux fillettes à tresses brunes qui rêveront ce soir de la Grande Ourse et de la Petite Ourse.
Nous suivons ces rêves-là, sans nostalgie, puisqu’ils nous font sentir nous aussi plus vivants.

Nous portons nos rêves sur l’enfant à naître, baigné et bercé dans le cœur de sa mère.
Sur l’enfant à dormir, bercé et embrassé par le cœur de sa mère.
Sur l’enfant à grandir, embrassé et embarrassé par le cœur de sa mère.
Sur l’enfant à vieillir, embarrassé et terrassé sans le cœur de sa mère.
Sur l’enfant à mourir, terrassé et terrorisé face au cœur de sa mort.
Terrorisé et amer face à la mort sans cœur.
Nous portons encore cet enfant en soi que nous essayons de rassurer en lui donnant à voir toutes ces perceptions, ces tableaux et ces musiques, cueillis dans la Nature.
Et en même temps nous sommes ce vieil enfant capricieux et égoïste, qui tape du pied et casse son plus beau jouet parce qu’il s’en est lassé, persuadé que papa en donnera un autre.
Mais il n’y aura rien. Rien du tout. On ne joue plus. C’est trop tard.

La truite peine à se mouvoir dans la boue épaisse de la crue démontée.
La couleuvre s’est desséchée sur le bord du chemin.
L’écureuil est crucifié sur la branche effondrée par le vent.
Le geai est sidéré par la solitude.
Les étoiles sont mortes depuis longtemps.
Et nous faisons celui qui l’ignore.

Nous rêvons.

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