Poème '45 – Plus que ne puis' de Maurice SCÈVE dans 'Délie (en vieux français, découpé par emblème de neuf dizains)'

45 – Plus que ne puis

Maurice SCÈVE
Recueil : "Délie (en vieux français, découpé par emblème de neuf dizains)"

CCCCIII [=CCCXCIII] .

Je voys, & viens aux ventz de la tempeste
De ma pensée incessamment troublée:
Ores a Poge, or’ a l’Orse tempeste,
Ouvertement, & aussi a l’emblée,
L’un apres l’aultre, en commune assemblée
De double, espoir, desir, & jalousie,
Me fouldroyantz telz flotz la fantasie
Abandonnée & d’aydes, & d’appuys.
Parquoy durant si longue phrenesie,
Ne povant plus, je fais plus que ne puis.

CCCCIIII [=CCCXCIIII] .

Pardonnez moy, si ce nom luy donnay
Sinistrement pour mon mal invente [=inventé] .
Cuydant avoir du bien plus que je n’ay,
J’ay mon proces contre moy intenté.
Car esperant d’estre un jour contenté,
Comme la Lune aux Amantz favorise,
Je luy escris & surnom, & maistrise,
Pour estre a elle en ses vertus semblable.
Mais au rebours elle (ô Dieux) les mesprise,
Pour a mes voeutz se rendre inexorable.

CCCCIIII [=CCCXCV] .

Ce n’est Plancus, qui la Ville estendit,
La restaurant au bas de la montaigne:
Mais de soymesme une part destendit
Là, ou Arar les piedz des deux Montz baigne:
L’aultre saulta de là vers la campaigne,
Et pour tesmoing aux nopces accouroit.
Celle pour veoir si la Saone couroit,
S’arresta toute au son de son cours lent:
Et ceste, ainsi qu’a present, adoroit
Ce mariage entre eulx tant excellent.

CCCCV [=CCCXCVI] .

Le laboureur de sueur tout remply
A son repos sur le soir se retire:
Le Pelerin, son voyage accomply,
Retourne en paix, & vers sa maison tire.
Et toy, ô Rhosne, en fureur, & grand’ ire
Tu viens courant des Alpes roidement
Vers celle là, qui t’attend froidement,
Pour en son sein tant doulx te recevoir.
Et moy suant a ma fin grandement,
Ne puis ne paix, ne repos d’elle avoir.

CCCCVI [=CCCXCVII] .

Toute fumée en forme d’une nue
Depart du feu avec grave maintien:
Mais tant plus hault s’esleve, & se denue,
Et plus soubdain se resoult toute en rien.
Or que seroit a penetrer au bien,
Qui au parfaict d’elle jamais ne fault?
Quand seulement pensant plus, qu’il ne fault,
Et contemplant sa face a mon dommage,
L’oeil, & le sens peu a peu me deffault,
Et me pers tout en sa divine image.

CCCCVII [=CCCXCVIII] .

Violenté de ma longue misere
Suis succumbé aux repentins effortz,
Qu’Amour au sort de mes malheurs insere,
Affoiblissant mes esperitz plus forts.
Mais les Vertus passementantz les bords,
Non des habitz, mais de ses moeurs divines,
Me serviront de doulces medecines,
Qui mon espoir me fortifieront:
Et lors je croy, que ses graces benignes
Dedans mon coeur la deifieront.

CCCCVIII [=CCCXCIX] .

Mais que me sert sa vertu, & sa grace,
Et qu’elle soit la plus belle du Monde,
Comprenant plus, que tout le Ciel n’embrasse
En son immense, en sa rondeur profonde?
Car puis qu’il fault, qu’au besoing je me fonde
Sur les secours en mes maulx pitoyables,
Mes passions certes espamoyables
Vaincues jà de mille repentences,
Veulent d’effectz remedes favorables,
Et non unguentz de frivoles sentences.

CCCCIX [=CCCC] .

Quand l’allegresse aux entrailles créée
De son desir du tout ressuscité,
Doibt appaiser, comme ame recréée,
Les passions de sa felicité,
Se deffaict toute en la diversité,
Et en l’ardeur de son contentement.
Parquoy voulant tirer le sentement
Hors du repos de consolation,
Luy fourragé par l’esbahyssement,
Umbre me rend de la confusion.

CCCCX [=CCCCI] .

Tant occupez aux conditions d’elle
Sont mes espritz, qu’ilz y sont transformez:
Et tellement contrainctz soubz sa cordelle,
Qu’en leur bonté naifve bien formez,
De leur doulceur sont ores defformez,
Et tant dissoulz en sa rigueur supreme,
Qu’en me hayant de toute hayne extreme,
Comme me hayt sa gracieuseté,
Je me suis fait ennemy de moymesme,
Pour tout complaire a son impieté.

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