Poème 'A travers la forêt des spontanéités…' de Charles CROS dans 'Le coffret de santal'

Accueil > Les poètes > Poèmes et biographie de Charles CROS > A travers la forêt des spontanéités…

A travers la forêt des spontanéités…

Charles CROS
Recueil : "Le coffret de santal"

A Madame S. de F.

A travers la forêt des spontanéités,
Écartant les taillis, courant par les clairières.
Et cherchant dans l’émoi des soifs aventurières
L’oubli des paradis pour un instant quittés,

Inquiète, cheveux flottants, yeux agités,
Vous allez et cueillez des plantes singulières,
Pour parfumer l’air fade et pour cacher les pierres
De la prison terrestre où nous sommes jetés.

Et puis, quand vous avez groupé les fleurs coupées,
Vous vous ressouvenez de l’idéal lointain,
Et leur éclat, devant ce souvenir, s’éteint.

Alors l’ennui vous prend. Vos mains inoccupées
Brisent les pâles fleurs et les jettent au vent.
Et vous recommencez ainsi, le jour suivant.

Poème préféré des membres

Loic a ajouté ce poème parmi ses favoris.

Commentaires

  1. Isard bizarre
    -------------

    Voici l’isard bizarre, il faut s’en abriter,
    Car il a vite fait de franchir la clairière ;
    On le trouve souvent dans une humeur guerrière,
    Et son goût des combats ne l’a jamais quitté.

    Voici ses commensaux, monstres de qualité.
    Chacun d’eux est muni de vertus singulières ;
    Plusieurs furent bénis par Saint Paul et Saint Pierre,
    Monstres d’or et d’argent, nobles célébrités.

    Après quelques instants, leur bruit se fait lointain,
    Vers le fond du décor, leur image s’éteint,
    Et plus rien ne paraît de leur foule attroupée.

    L’isard est de retour, c’est sûr, le jour suivant ;
    Mieux que ça, certains soirs, il chante dans le vent
    Du Leconte de Lisle, et du François Coppée.

  2. Démons traversant la forêt
    ---------------------

    Aux chemins du sous-bois marchant sans hésiter,
    D’innombrables démons rejoignent la clairière ;
    ne vous frottez jamais à leur troupe guerrière,
    La plus sage démarche est de les éviter.

    Ils méprisent l’ermite en sa précarité,
    Le trouvant démuni de grâces singulières ;
    Lui, dans ses frêles murs et sous son toit de lierre,
    Écoute leurs discours avec sérénité.

    Un ange fort discret vole dans le lointain,
    Un ange fatigué dont la magie s’éteint ;
    Son auréole est molle et ses ailes trempées.

    Repartent les démons, leur ombre poursuivant,
    Dont les éclats de voix sont portés par le vent ;
    En taverne ils boiront d’abondantes lampées.

Rédiger un commentaire

© 2020 Un Jour Un Poème - Tous droits réservés
UnJourUnPoeme sur Facebook UnJourUnPoeme sur Twitter RSS