Poème 'Au tragédien E. Rossi' de José-Maria de HEREDIA dans 'Les Trophées'

Au tragédien E. Rossi

José-Maria de HEREDIA
Recueil : "Les Trophées"

après une récitation de Dante

Ô Rossi, je t’ai vu, traînant le manteau noir,
Briser le faible coeur de la triste Ophélie,
Et, tigre exaspéré d’amour et de folie,
Étrangler tes sanglots dans le fatal mouchoir.

J’ai vu Lear et Macbeth, et pleuré de te voir
Baiser, suprême amant de l’antique Italie,
Au tombeau nuptial Juliette pâlie.
Pourtant tu fus plus grand et plus terrible, un soir.

Car j’ai goûté l’horreur et le plaisir sublimes,
Pour la première fois, d’entendre les trois rimes
Sonner par ta voix d’or leur fanfare de fer ;

Et, rouge du reflet de l’infernale flamme,
J’ai vu – j’en ai frémi jusques au fond de l’âme ! -
Alighieri vivant dire un chant de l’Enfer.

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