Poème 'Fantôme' de Robert DESNOS dans 'État de veille'

Fantôme

Robert DESNOS
Recueil : "État de veille"

Arrête-toi ! Je suis ici, mais tant de nuit
Nous sépare qu’en vain tu fatigues ta vue :
Tu te tais car l’espace, où se dissout la rue,
Nous-même nous dissout et nous saoule de bruit.

C’est l’heure où, panaché de fumée et de suie,
Le toit comme une plage offre au fantôme nu
Son ardoise où se mirer le visage inconnu
De son double vivant dans un miroir de pluie.

Fantôme, laisse-nous rire de ta sottise.
Tu habites les bois, les châteaux, les églises
Mais tu es le valet de tout homme vivant.

Aussi n’as-tu jamais fait de mal à ces êtres
Tant, s’ils ouvraient un soir la porte et les fenêtres,
Te dissoudrait la nuit dans le bruit et le vent.

1942

Poème préféré des membres

Aucun membre n'a ajouté ce poème parmi ses favoris.

Commentaires

  1. Un barde crie dans la nuit,
    Aucun espoir n'est en vue :
    Car l'ennemi tient la rue
    Où il manoeuvre à grand bruit.

    Le soldat taché de suie
    Menace le barde nu
    Qui, pour lui, est inconnu.
    Tous deux ont froid, sous la pluie.

    C'est le temps de la sottise ;
    Même caché dans l'église,
    On est emmuré vivant.

    C'est la saison du mal-être,
    On occulte les fenêtres
    Et l'on craint le bruit du vent.

  2. Desnos, vers 7 :

    "Son ardoise où mirer" (plutôt que "se mirer")

    http://www.poemes.co/fantome.html

  3. Fantôme d’un dragon
    -------------------------

    Sur moi la vie n’a plus de prise,
    Car mon corps s’est évaporé ;
    Tu vois mon feu décoloré,
    Tu vois tomber des cendres grises.

    Je me dissipe dans la brise,
    Moi que l’absence a dévoré ;
    Rien ne sert de le déplorer,
    Rien ne sert que tu l’analyses.

    Où sont mes sentiments d’amour,
    Où sont les plaisirs de l’alcôve ?
    Tout baigne dans un brouillard mauve.

    Où est ma langue de velours,
    Où est partie mon âme pure ?
    Dieu répond, en paroles dures.

  4. Péril nébuleux
    ----------------

    Un spectre chante sa tristesse
    Mais n’exhale aucune rancoeur ;
    Les craintes qui hantaient son coeur
    Maintenant s’endorment et cessent.

    D’autres tourments, pourtant, le blessent,
    Dont il ne peut être vainqueur ;
    C’est comme une amère liqueur,
    C’est une angoisse qui l’agresse.

    Alors, dans l’espace il s’étale,
    Il se plonge dans la torpeur ;
    Il tourne en rond, puis il détale.

    Il sait seulement qu’il a peur ;
    En vain, dans sa mémoire il creuse,
    La menace est trop nébuleuse.

  5. Le spectre est, lui-même, nébuleux.

Rédiger un commentaire

© 2024 Un Jour Un Poème - Tous droits réservés
UnJourUnPoeme sur Facebook UnJourUnPoeme sur Twitter RSS