Poème 'Gare au bord de la mer' de Jules LAFORGUE dans 'Des Fleurs de bonne volonté'

Gare au bord de la mer

Jules LAFORGUE
Recueil : "Des Fleurs de bonne volonté"

Korsör. Côtes du Danemark.
Aube dit 1er janvier 1886.

On ne voyait pas la mer, par ce temps d’embruns,
Mais on l’entendait maudire son existence,
« Oh! beuglait-elle, qu’il fût seulement Quelqu’Un! »….
Et elle vous brisait maint bateau pas-de-chance.

Et, ne pouvant mordre le steamer, les autans
Mettaient nos beaux panaches de fumée en loques!
Et l’Homme renvoyait ses comptes à des temps
Plus clairs, sifflotant : « Cet univers se moque,

« Il raille! Et qu’il me dise où l’on voit Mon Pareil!
« Allez, boudez, chez vos parades sidérales,
« Infini! Un temps viendra que l’Homme, fou d’éveil,
« Fera pour les Pays Terre-à-Terre ses malles !

« Il crut à l’Idéal! Ah! milieux détraquants
« Et bazars d’oripeaux! Si c’était à refaire,
« Chers madrépores, comme on ficherait le camp
« Chez vous! Oh! même vers la Période Glaciaire!….

« Mais l’Infini est là, gare de trains ratés,
« Où les gens, aveuglés de signaux, s’apitoient
« Sur le sanglot des convois, et vont se hâter
« Tout à l’heure! et crever en travers de la voie…..

« – Un fin sourire (tel ce triangle d’oiseaux
« D’exil sur ce ciel gris!) peut traverser mes heures;
« Je dirai : passe, oh! va, ne fais pas de vieux os
« Par ici, mais vide au plus tôt cette demeure… »

Car la vie est partout la même. On ne sait rien!
Mais c’est la Gare! et faut chauffer qui pour les fêtes
Futures, qui pour les soi-disant temps anciens.
Oh! file ton rouet, et prie et reste honnête.

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