Poème 'La petite infanticide' de Jules LAFORGUE dans 'Premiers poèmes'

La petite infanticide

Jules LAFORGUE
Recueil : "Premiers poèmes"

Ô saisons d’ossian, ô vent de province,
Je mourrais encor pour peu que t’y tinsses
Mais ce serait de la démence
Oh! je suis blasée
Sur toute rosée

Le toit est crevé, l’averse qui passe
En évier public change ma paillasse,
Il est temps que ça cesse

Les gens d’en bas
Et les voisins se plaignent
Que leur plafond déteigne

Oh! Louis m’a promis, car je suis nubile
De me faire voir Paris la grand ville
Un matin de la saison nouvelle
Oh! mère qu’il me tarde
D’avoir là ma mansarde…

Des Édens dit-il, des belles musiques
Où des planches anatomiques passent…
Tout en faisant la noce
Et des sénats de ventriloques
Dansons la farandole
Louis n’a qu’une parole

Et puis comment veut-on que je précise
Dès que j’ouvre l’oeil tout me terrorise.
Moi j’ai que l’extase, l’extase

Tiens, qui fait ce vacarme ?…
Ah! ciel le beau gendarme
Qui entr’ par la lucane.

Taïaut! taïaut!
À l’échafaud!

Et puis on lui a guillotiné son cou,
Et ça n’a pas semblé l’affecter beaucoup
(de ce que ça n’ait pas plus affecté sa fille)
Mais son ami Louis ça lui a fait tant de peine
Qu’il s’a du pont des Arts jeté à la Seine

Mais un grand chien terr’ neuve
L’a retiré du fleuve

Or justement passait par là
La marquise de Tralala,
Qui lui a offert sa main
D’un air républicain.

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