Poème 'Le Poème à Florence' de Robert DESNOS dans 'Corps et biens'

Le Poème à Florence

Robert DESNOS
Recueil : "Corps et biens"

Comme un aveugle s’en allant vers les frontières
Dans les bruits de la ville assaillie par le soir
Appuie obstinément aux vitres des portières
Ses yeux qui ne voient pas vers l’aile des mouchoirs

Comme ce rail brillant dans l’ombre sous les arbres
Comme un reflet d’éclair dans les yeux des amants
Comme un couteau brisé sur un sexe de marbre
Comme un législateur parlant à des déments

Une flamme a jailli pour perpétuer Florence
Non pas celle qui haute au détour d’un chemin
Porta jusqu’à la lune un appel de souffrance
Mais celle qui flambait au bûcher quand les mains

dressées comme cinq branches d’une étoile opaque
attestaient que demain surgirait d’aujourd’hui
Mais celle qui flambait au chemin de saint Jacques
Quand la déesse nue vers le nadir a fui

Mais celle qui flambait aux parois de ma gorge
Quand fugitive et pure image de l’amour
Tu surgis tu partis et que le feu des forges
Rougeoyait les sapins les palais et les tours

J’inscris ici ton nom hors des deuils anonymes
Où tant d’amantes ont sombré corps âme et biens
Pour perpétuer un soir où dépouilles ultimes
Nous jetions tels des os nos souvenirs aux chiens

Tu fonds tu disparais tu sombres mais je dresse
au bord de ce rivage où ne brille aucun feu
Nul phare blanchissant les bateaux en détresse
Nulle lanterne de rivage au front des bœufs

Mais je dresse aujourd’hui ton visage et ton rire
Tes yeux bouleversants ta gorge et tes parfums
Dans un olympe arbitraire où l’ombre se mire
dans un miroir brisé sous les pas des défunts

Afin que si le tour des autres amoureuses
Venait avant le mien de s’abîmer tu sois
Et l’accueillante et l’illusoire et l’égareuse
la sœur des mes chagrins et la flamme à mes doigts

Car la route se brise au bord des précipices
je sens venir les temps où mourront les amis
Et les amants d’autrefois et d’aujourd’hui
Voici venir les jours de crêpe et d’artifice

Voici venir les jours où les œuvres sont vaines
où nul bientôt ne comprendra ces mots écrits
Mais je bois goulûment les larmes de nos peines
quitte à briser mon verre à l’écho de tes cris

Je bois joyeusement faisant claquer ma langue
le vin tonique et mâle et j’invite au festin
Tous ceux-là que j’aimai. Ayant brisé leur cangue
qu’ils viennent partager mon rêve et mon butin

Buvons joyeusement ! chantons jusqu’à l’ivresse !
nos mains ensanglantées aux tessons des bouteilles
Demain ne pourront plus étreindre nos maîtresses.
Les verrous sont poussés au pays des merveilles.

4 novembre 1929

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Commentaires

  1. qui est florence pour robert son amant ? merci

  2. qui a une idée de plan pour un commentaire svp merci

  3. Robert le héros
    -------------------

    Robert saute les frontières,
    Il chante quand vient le soir ;
    Accroché à la portière,
    Il agite son mouchoir.

    Il fait du feu sous les arbres
    Pour réchauffer les amants,
    Pour qu'ils ne restent de marbre :
    Il les préfère déments.

    Et pour rejoindre Florence
    Il prendra tous les chemins,
    Il ne craint point la souffrance
    Ni de se meurtrir les mains.

    Il va, sous un ciel opaque,
    Il fait sa route aujourd'hui
    Comme un marcheur de Saint-Jacques
    Devant qui l'horizon fuit.

    Il la chante à pleine gorge,
    Sa jolie chanson d'amour,
    Les motifs que son coeur forge
    Et déforme tour à tour.

    Il s'adresse aux anonymes,
    Les entraînant, corps et biens,
    Au vagabondage ultime
    Des prophètes et des chiens.

    Robert, ton renom se dresse
    Tel la flamme d'un grand feu !
    Tu mets fin à la détresse
    Des laboureurs et des boeufs.

    Tu éclaires de ton rire
    La forêt aux cent parfums ;
    Ta silhouette se mire
    Au long des canaux défunts.

    Tu as trois cents amoureuses
    Qui la nuit rêvent de toi ;
    Mais c'est ta muse égareuse
    Qui peut te dicter sa loi.

    Tu longes les précipices
    En allant voir tes amis ;
    Ton poème d'aujourd'hui
    Est comme un feu d'artifice.

    Oublie les critiques vaines,
    Donne-nous de beaux écrits ;
    Tu ne perdras point ta peine,
    Tu ne perdras point ton cri.

    Robert, héros de la langue,
    Nous partageons ton festin,
    Nous oublions notre cangue,
    Nous butinons ton butin.

    La poésie et l'ivresse,
    Les livres et les bouteilles :
    Pas besoin d'autres maîtresses,
    Pas besoin d'autres merveilles.

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Robert DESNOS

Portait de Robert DESNOS

Robert Desnos est un poète français, né le 4 juillet 1900 à Paris et mort du typhus le 8 juin 1945 au camp de concentration de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie à peine libéré du joug de l’Allemagne nazie. Autodidacte et rêvant de poésie, Robert Desnos est introduit vers 1920 dans les milieux littéraires modernistes et... [Lire la suite]

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