Poème 'Le soir qu’Amour vous fit en la salle descendre' de Pierre de RONSARD dans 'Sonnets pour Hélène'

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Le soir qu’Amour vous fit en la salle descendre

Pierre de RONSARD
Recueil : "Sonnets pour Hélène"

Le soir qu’Amour vous fit en la salle descendre
Pour danser d’artifice un beau ballet d’amour,
Vos yeux, bien qu’il fût nuit, ramenèrent le jour,
Tant ils surent d’éclairs par la place répandre.

Le ballet fut divin, qui se soulait reprendre,
Se rompre, se refaire, et tour dessus retour
Se mêler, s’écarter, se tourner à l’entour,
Contre-imitant le cours du fleuve de Méandre.

Ores il était rond, ores long, or étroit,
Or en pointe, en triangle en la façon qu’on voit
L’escadron de la grue évitant la froidure.

Je faux, tu ne dansais, mais ton pied voletait
Sur le haut de la terre ; aussi ton corps s’était
Transformé pour ce soir en divine nature.

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Commentaires

  1. Cheval triple
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    C’est un monstre d’argent qu’on voit du ciel descendre,
    C’est un triple cheval, un messager d’amour ;
    Sa gloire l’accompagne, illuminant le jour,
    Il vient pour ses bienfaits sur la plaine répandre.

    De son brillant aspect, nul détail à reprendre,
    Décidément, l’on peut l’admirer sans détour ;
    Quel plaisir, avec lui, de partir faire un tour
    Sur le bord de la Seine, en un ombreux méandre !

    L’autre jour, près de lui, un ange voletait
    Qui au long du chemin doucement papotait,
    Parlant de tout, de rien, puis de littérature ;

    Notez qu’il est unique, et pourtant, qu’il est trois,
    Imitant du Seigneur la trinitaire loi ;
    Proche du Créateur est cette créature.

  2. Armes d’Abel et de Caïn
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    Armes ne sont présents qu’on vit du ciel descendre,
    Jamais de tels objets l’on n’use avec amour.
    Le deuil les accompagne, assombrissant le jour,
    Dont je vois ses méfaits aux âmes se répandre.

    Pour Abel et Caîn, de leurs armes s’éprendre,
    Ce fut pour emprunter un chemin sans retour ;
    Le serpent, nous dit-on, leur a joué ce tour,
    Lui dont le froid esprit a de sombres méandres.

    En vain, près de Caïn, son bel ange insistait
    Qui son mortel projet fermement contestait,
    Refusant que l’Enfer eût son âme en pâture.

    Auprès du tendre Abel, les anges furent trois,
    Rappelant du Seigneur la pacifique loi ;
    Mais ils n’ont rien pu faire, ils étaient immatures.

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