Poème 'Les chauves-souris' de Jules LAFORGUE dans 'Des Fleurs de bonne volonté'

Les chauves-souris

Jules LAFORGUE
Recueil : "Des Fleurs de bonne volonté"

C’est qu’elles m’ont l’air bien folles, ce soir,
Les cloches du couvent des carmélites !
Et je me demande au nom de quels rites….
Allons, montons voir.

Oh ! parmi les poussiéreuses poutrelles,
Ce sont de jeunes chauves-souris
Folles d’essayer enfin hors du nid
Leurs vieillottes ailes !

- Elles s’en iront désormais aux soirs,
Chasser les moustiques sur la rivière,
A l’heure où les diurnes lavandières
Ont tu leurs battoirs.

- Et ces couchants seront tout solitaires,
Tout quotidiens et tout supra-Védas,
Tout aussi vrais que si je n’étais pas,
Tout à leur affaire.

Ah ! ils seront tout aussi quotidiens
Qu’aux temps où la planète à la dérive
En ses langes de vapeurs primitives
Ne savait rien d’ rien.

Ils seront tout aussi à leur affaire
Quand je ne viendrai plus crier bravo !
Aux assortiments de mourants joyaux
De leur éventaire,

Qu’aux jours où certain bohème filon
Du commun néant n’avait pas encore
Pris un accès d’existence pécore
Sous mon pauvre nom.

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