Poème 'Sous les saules' de Robert DESNOS dans 'Les Ténèbres'

Sous les saules

Robert DESNOS
Recueil : "Les Ténèbres"

L’étrange oiseau dans la cage aux flammes
Je déclare que je suis le bûcheron de la forêt d’acier
que les martes et les loutres sont des jamais connues
l’étrange oiseau qui tord ses ailes et s’illumine
Un feu de Bengale inattendu a charmé ta parole
Quand je te quitte il rougit mes épaules et l’amour
Le quart d’heure vineux mieux vêtu qu’un décor lointain
étire ses bras débiles et fait craquer ses doigts d’albâtre
À la date voulue tout arrivera en transparence
plus fameux que la volière où les plumes se dispersent
Un arbre célèbre se dresse au-dessus du monde
avec des pendus en ses racines profondes vers la terre
c’est ce jour que je choisis
Un flamboyant poignard a tué l’étrange oiseau dans la cage de flamme
et la forêt d’acier vibre en sourdine illuminée par le feu des mortes giroflées
Dans le taillis je t’ai cachée dans le taillis qui se proclame roi des plaines.

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Commentaires

  1. Ambidragon bûcheron
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    Cet ambidragon habite en Essonne,
    Il n’a, semble-t-il, jamais vu la mer ;
    Au bois de sapins et de chênes verts,
    Sitôt qu’il surgit, les arbres frissonnent.

    Ce bûcheron fou, ça les désarçonne,
    Et ses ailerons qui brassent de l’air
    Sans se reposer, l’été ni l’hiver,
    Et ne respectant ni rien ni personne.

    Ce temps de tourments, quand finira-t-il ?
    Nous le diras-tu, monstre peu subtil ?
    Quand deviendras-tu un écologiste ?

    Ainsi se plaignaient les arbres d’ici ;
    De l’ambidragon, le coeur endurci
    Resta sans pitié, je trouve ça triste.

  2. Oiseau dément
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    Je vois sur une branche un volatile fou,
    Car jamais il ne chante, il papote, il délire ;
    Intarissablement, lui qui n’a rien à dire,
    Et non pas presque rien, mais vraiment rien du tout.

    Les grands arbres eux-mêmes en sont poussés à bout,
    Ils voudraient qu’un félin croquât ce triste sire ;
    J’entends, tout près de moi, le chêne qui soupire,
    Dénonçant ce discours qui ne tient pas debout.

    Ulysse redoutait le chant de la sirène,
    Mais plus loin sur sa route il oublia sa peine ;
    Or, ici, nous avons un fléau permanent.

    Cet oiseau me répond « Ce n’est rien de tragique,
    Plusieurs autres que moi vont ainsi cancanant,
    Donnant même à la chose un sens pédagogique ».

  3. Dragon de novembre
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    Ce monstre inoffensif marche paisiblement,
    Aucun désir pervers ne traverse son âme ;
    Ce buveur de rosée, ce producteur de flammes,
    Il fut pour la dryade un chaleureux amant.

    Il trouve des trésors, il ne dit pas pas comment ;
    Sur lui les chevaliers brisent leurs fortes lames,
    Ils n’auront pas son chef pour l’offrir à leur Dame ;
    Ils la contenteront par d’autres ornements.

    Il a quelques bouquins, mais il en veut encore,
    Ce sont de beaux objets, qui tous ses murs décorent ;
    Des contes, des sonnets, des thèses, des romans.

    Il pourrait s’en lasser, mais ce n’est pas probable;
    Il est trop dépendant de ces vieux documents,
    Des Brèves de Comptoir et des recueils de fables.

  4. Volatile
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    Pour bien planer, je suis trop lourd,
    Je ne suis pas une hirondelle ;
    Faibles sont mes battements d’ailes,
    Je suis moins adroit qu’un vautour.

    Monotones sont mes amours,
    De quoi me sert d’être fidèle ?
    Dans mon coeur, sombre citadelle,
    Se délabrent les vieilles tours.

    Traqué par les démons farouches,
    Je dors bien mal quand je me couche ;
    Bientôt me prendra l’oiseleur.

    S’éteindra ma flamme ténue,
    Finiront mes mille douleurs ;
    La mort est presque bienvenue.

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