Poème 'Tranquillus' de José-Maria de HEREDIA dans 'Les Trophées'

Tranquillus

José-Maria de HEREDIA
Recueil : "Les Trophées"

C’est dans ce doux pays qu’a vécu Suétone ;
Et de l’humble villa voisine de Tibur,
Parmi la vigne, il reste encore un pan de mur,
Un arceau ruiné que le pampre festonne.

C’est là qu’il se plaisait à venir, chaque automne,
Loin de Rome, aux rayons des derniers ciels d’azur,
Vendanger ses ormeaux qu’alourdit le cep mûr.
Là sa vie a coulé tranquille et monotone.

Au milieu de la paix pastorale, c’est là
Que l’ont hanté Néron, Claude, Caligula,
Messaline rôdant sous la stole pourprée ;

Et que, du fer d’un style à la pointe acérée
Égratignant la cire impitoyable, il a
Décrit les noirs loisirs du vieillard de Caprée.

Poème préféré des membres

Aucun membre n'a ajouté ce poème parmi ses favoris.

Commentaires

  1. Quelques trolls
    ---------------------

    Troll d’argent, tu connais des blagues polissonnes ;
    À table tu les dis, ton regard restant pur.
    Troll de gueules, ta face évoque le fruit mûr
    Du pampre qui ma treille en septembre festonne.

    Loin des humains, ta danse, excellent troll d’azur,
    Apporte un air joyeux dans les bois en automne ;
    Troll de sinople, on sait ton plaisir monotone,
    Absorber de la bière en contemplant un mur.

    Troll d’or (et je t’admire à cause de cela)
    Tu narres des récits au somptueux éclat ;
    Troll de sable, en quittant ta maison délabrée,

    Tu gagnes la taverne en mes vers célébrée.
    Troll d’hermine, élégant comme l’est un prélat,
    Tu es de tes pareils celui qui plus m’agrée.

  2. Lion du Yin et lion du Yang
    --------------------------

    Voici le lion du Yin, discret de sa personne ;
    Selon le Livre Saint, cet animal est pur.
    Il admire les fleurs, il goûte les fruits mûrs,
    Il connaît l’univers, et plus rien ne l’étonne.

    Voici le lion du Yang qui rugit dans l’azur ;
    Il pourchasse le cerf dans les bois en automne.
    Il mange, il dort, il mène une vie monotone,
    Sur les hôtes du monde il jette un regard dur.

    Ils sont cousins, et c’est à cause de cela
    Que le Yang qui rayonne et le Yin sans éclat
    Partagent leurs plaisirs sous une lune ambrée.

    Telles sont en mes vers ces grandeurs célébrées
    Du fauve que voici, du fauve que voilà ;
    Ici un point final, si cela vous agrée.

Rédiger un commentaire

José-Maria de HEREDIA

Portait de José-Maria de HEREDIA

José-Maria de Heredia (né José María de Heredia Girard 1842-1905) est un homme de lettres d’origine cubaine, naturalisé français en 1893. En tant que poète, c’est un des maîtres du mouvement parnassien, véritable joaillier du vers. Son œuvre poétique est constituée d’un unique recueil, « Les... [Lire la suite]

© 2019 Un Jour Un Poème - Tous droits réservés
UnJourUnPoeme sur Facebook UnJourUnPoeme sur Twitter RSS