Poème 'Complainte des blackboulés' de Jules LAFORGUE dans 'Les Complaintes'

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Complainte des blackboulés

Jules LAFORGUE
Recueil : "Les Complaintes"

«Ni vous, ni votre art, monsieur. » C’était un dimanche,
Vous savez où.
À vos genoux,
Je suffoquai, suintant de longues larmes blanches.

L’orchestre du jardin jouait ce « si tu m’aimes »
Que vous savez;
Et je m’en vais
Depuis, et pour toujours, m’exilant sur ce thème.

Et toujours, ce refus si monstrueux m’effraie
Et me confond
Pour vous au fond,
Si regard incarné ! Si moi-même ! Si vraie !

Bien, maintenant, voici ce que je vous souhaite,
Puisque, après tout,
En ce soir d’août,
Vous avez craché vers l’art, par-dessus ma tête.

Vieille et chauve à vingt ans, sois prise pour une autre
Et sans raison,
Mise en prison,
Très loin, et qu’un geôlier, sur toi, des ans, se vautre.

Puis, passe à Charenton, parmi de vagues folles,
Avec Paris
Là-bas, fleuri,
Ah ! Rêve trop beau ! Paris où je me console.

Et demande à manger, et qu’alors on confonde !
Qu’on croie à ton
Refus ! Et qu’on
Te nourrisse, horreur ! Horreur ! Horreur ! à la sonde.

La sonde t’entre par le nez, Dieu vous bénisse !
À bas, les mains !
Et le bon vin,
Le lait, les oeufs te gavent par cet orifice.

Et qu’après bien des ans de cette facétie,
Un interne (aux
Regards loyaux ! )
Se trompe de conduit ! Et verse, et t’asphyxie.

Et voilà ce que moi, guéri, je vous souhaite,
Coeur rose, pour
Avoir un jour
Craché sur l’Art ! L’Art pur ! Sans compter le poète.

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