Poème 'Je n’ay plus que les os, un Schelette je semble' de Pierre de RONSARD dans 'Derniers vers'

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Je n’ay plus que les os, un Schelette je semble

Pierre de RONSARD
Recueil : "Derniers vers"

Je n’ay plus que les os, un Schelette je semble,
Decharné, denervé, demusclé, depoulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé,
Je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble.

Apollon et son filZ deux grans maistres ensemble,
Ne me sçauroient guerir, leur mestier m’a trompé,
Adieu plaisant soleil, mon oeil est estoupé,
Mon corps s’en va descendre où tout se desassemble.

Quel amy me voyant en ce point despouillé
Ne remporte au logis un oeil triste et mouillé,
Me consolant au lict et me baisant la face,

En essuiant mes yeux par la mort endormis ?
Adieu chers compaignons, adieu mes chers amis,
Je m’en vay le premier vous preparer la place.

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Commentaires

  1. On n’est pas sérieux quand on a cent vingt ans,
    N’ayant plus aucun muscle et plus aucune graisse,
    Le coeur presque immobile, à peine palpitant,
    Et plus aucun cheveu et ni ventre ni fesses.

    On ne sait plus du tout comment était le temps
    Des premiers pas du corps, de la première messe,
    On ne sait ce que c’est que d’être bien portant.
    On se sait un vivant, oui, mais de quelle espèce ?

    Ne reconnaissant plus ce vieux fils d’une femme,
    Les médecins ont pris son encéphalogramme,
    Et le signal a dit : « Ça ne va pas très fort. »

    Ne pouvant plus manger, ayant un regard vide,
    L’homme de cent vingt ans est hélas trop timide
    Pour oser demander qu’on débranche son corps.

  2. Ayant quitté la porcherie
    ---------------

    Captif je fus jadis, ce temps lointain me semble,
    Je partis en courant, nul ne sut m’attraper ;
    Un valet fut très vif, mais il a dérapé
    Quand il voulut franchir le pont de bois qui tremble.

    J’avais des compagnons, et nous dormions ensemble,
    Mais de tels souvenirs en moi sont estompés ;
    Si je disais leurs noms, je pourrais me tromper,
    Quelquefois, je confonds des mots qui se ressemblent.

    Pour survivre en ces lieux, je peux me débrouiller,
    Mes muscles ne sont pas totalement rouillés ;
    Je suis un porc des bois, que veux-tu qu’on y fasse ?

    Je rêve du passé quand je suis endormi,
    Même de mes amours, les dieux me l’ont permis,
    Que dans mon jeune temps je croyais voir en face.

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