Poème 'La terre se meurt' de guillaumePrevel

La terre se meurt

guillaumePrevel

Assis sur le banc d’un parc public
Je regardais une petite fille au doux visage angélique
Jouer gaiement sur une balançoire
Elle me vit en train de la regarder
Et s’arrêta aussitôt de s’amuser
Puis, elle s’approcha de moi
Le faciès triste des enfants battus
Se lisait sur son joli visage de poupée
Elle me dit alors d’une petite voix pleine de sanglots
En me montrant l’objet de son attention
(Un petit papillon mort dans le creux de sa main)
“La terre se meurt!…”
Soudain son père, la voyant me parler
La tira méchamment par le bras
Et reprit indifférent en ricanant:
“Vive la terre qui se meurt!”

Je me levais étranger à cette pensée
Mais l’esprit tourmenté par cette idée
Et je me promenais le coeur lourd
Dans les rues en pensant à cette enfant,
Lorsqu’un oiseau criblé de plomb
Tomba du ciel pollué à mes pieds
Je le ramassais et à ma grande surprise il me parla :
“La terre se meurt!”
Et le chasseur qui l’avait tué me l’arrachant des mains
Reprit méchamment en le jetant dans son sac :
“Vive la terre qui se meurt!…”

Au loin dans la mer déchaînée
Un navire pétrolier finissait de sombrer
Laissant les vagues apporter sa sombre offrande
Aux relents de vieille mort sur la plage
Et c’est alors que je tournais le dos
A cette marée noire qu’un poisson mourant
Sur le sable me dit en suffocant :
“La terre se meurt!…”

Je n’en pouvais plus
Je descendais dans la rue des hommes indifférents
Et je criais à qui voulait bien m’entendre :
“La terre se meurt!… La terre se meurt!…”
Mais personne ne m’entendait
Personne ne m’écoutait
Certains m’évitaient en me dévisageant
D’autres me bousculaient en m’insultant
D’autres me menaçaient en hurlant que je les gênais
D’autres me piétinaient…
Lentement je mourrais dans l’indifférence
Des hommes indifférents

Lorsque le doux visage d’une femme m’apparut
Et je lui dis en me tordant de douleur:
“La terre se meurt!…”
Et elle me répondit en souriant tendrement
Et en essuyant mon visage recouvert de sang :
“Nous le savons!…”
Puis d’un battement de ses ailes
Elle me souleva dans le ciel
Et m’emporta avec elle
Loin de la terre des hommes indifférents.

Juin 1994

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