Poème 'Mon rêve familier' de Paul VERLAINE dans 'Poèmes saturniens'

Mon rêve familier

Paul VERLAINE
Recueil : "Poèmes saturniens"

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur, transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? – Je l’ignore.
Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

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Commentaires

  1. Moi, dont l'esprit jamais ne fut trop pénétrant,
    Je préfère les jours qui passent sans problème,
    Qui ne sont, chaque fois, ni tout à fait le même
    Ni tout à fait un autre, et rien ne m'y surprend.
    *
    Saveur de ce dimanche en mon coeur transparent :
    Au ciel un doux soleil, de mon bonheur l'emblème,
    Sur l'horizon parfois quelques nuages blêmes,
    Et la brise au jardin dansant et murmurant.
    *
    Qu'apportera demain, pour l'instant, je l’ignore.
    Je marche dans les rues du village sonore
    Reconnaissant (ou non) les passants qui sont là.
    *
    La neige semble avoir modelé des statues,
    Et, dans le parc, si blanche, et calme, et grave, elle a
    Fait que beaucoup de voix aujourd'hui se sont tues.

  2. Grenouille onirique
    --------------

    À sortir du sommeil je suis récalcitrant,
    Dans le monde du rêve on a moins de problèmes;
    On y peut visiter l’abbaye de Thélème,
    On y voit des vivants chaque nuit différents.

    J’y trouve une grenouille en un lac transparent,
    Qui dans cet univers fait figure d’emblème:
    Elle a pour courtisans quelques fantômes blêmes,
    Qui derrière son dos parfois vont murmurant.

    Elle peut m’enseigner les langues que j’ignore,
    Et j’aime découvrir ces mystères sonores ;
    Un grand catoblépas vient lui donner le la.

    Un compagnon sculpteur m’offrira sa statue,
    Il a su capturer le sourire qu’elle a ;
    Je peux l’entendre encore alors qu’elle s’est tue.

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