Poème 'Musulmanes' de Germain NOUVEAU dans 'Sonnets du Liban'

Musulmanes

Germain NOUVEAU
Recueil : "Sonnets du Liban"

À Camille de Sainte-Croix.

Vous cachez vos cheveux, la toison impudique,
Vous cachez vos sourcils, ces moustaches des yeux,
Et vous cachez vos yeux, ces globes soucieux,
Miroirs plein d’ombre où reste une image sadique ;

L’oreille ourlée ainsi qu’un gouffre, la mimique
Des lèvres, leur blessure écarlate, les creux
De la joue, et la langue au bout rose et joyeux,
Vous les cachez, et vous cachez le nez unique !

Votre voile vous garde ainsi qu’une maison
Et la maison vous garde ainsi qu’une prison ;
Je vous comprends : l’Amour aime une immense scène.

Frère, n’est-ce pas là la femme que tu veux :
Complètement pudique, absolument obscène,
Des racines des pieds aux pointes des cheveux ?

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Commentaires

  1. Miroir qui rêve
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    Le miroir déformant fait des rêves lubriques ;
    Je le vois contempler, de ses regards sans yeux,
    Des couples polissons qui dansent sous les cieux,
    Tirant du vin nouveau d’une immense barrique.

    Il voit l’étrange danse, il entend la musique,
    Les râles du plaisir mêlant jeunes et vieux ;
    Refléter le désordre en ce magique lieu,
    Quel usage excellent des lois de la physique !

    La lumière est bien basse, auprès de la maison
    Où Cupidon, parfois, se croit mis en prison,
    Spectacle sans public et sans metteur en scène.

    Lecteur, tu es tenté, rejoins-les, si tu veux :
    On dit que l’occasion doit se prendre aux cheveux,
    Tant pis, si l’entreprise est de nature obscène.

  2. Le dolmen et la crypte
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    Sur le lourd mégalithe, un signe ésotérique ;
    Un grand paléographe, en l’ayant sous les yeux,
    Dit «Je n’y comprends rien, vraiment, je me fais vieux,
    Ces mots semblent vouloir que je tourne en bourrique».

    De la crypte parvient une étrange musique,
    Mélodie d’un démon ou mélodie d’un dieu ;
    Profond est le mystère en ce magique lieu,
    De rien ne serviront les lois de la physique.

    Aucun arbre alentour, ni aucune maison,
    La crypte cependant n’est pas une prison ;
    Quels sont les rituels que l’on y mit en scène ?

    Le dolmen accueillit Bacchus et ses neveux,
    Ainsi que la bacchante aux flamboyants cheveux,
    Mais je n’en parle point, pour ne pas être obscène.

  3. Griffon qui rêve
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    Je crois qu’un autre songe en mon rêve s’imbrique,
    Cet univers devient trop bizarre à mes yeux ;
    Mon corps et mon esprit sont maintenant trop vieux
    Pour digérer en paix ce délire onirique.

    Mon âme croit entendre une étrange musique,
    Un grondement plus fort que l’orage des cieux ;
    Mon coeur est transporté vers de magiques lieux,
    Savourant l’élixir qui le rend amnésique.

    Je crois voir le plafond d’une obscure maison,
    Murs dépourvus de charme, hôpital ou prison ;
    D’un théâtre effrayant ce peut être la scène.

    Je trouve tout cela tiré par les cheveux ;
    Mais après tout, je peux m’éveiller quand je veux,
    Ce qui est bien commode en cas de rêve obscène.

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Germain NOUVEAU

Portait de Germain NOUVEAU

Germain Marie Bernard Nouveau, né le 31 juillet 1851 à Pourrières (Var) où il est mort le 4 avril 1920, est un poète français. Il est l’aîné des 4 enfants de Félicien Nouveau (1826-1884) et de Marie Silvy (1832-1858). Germain Nouveau perd sa mère alors qu’il n’a que sept ans. Il est élevé par son... [Lire la suite]

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