Poème 'Petites misères d’août' de Jules LAFORGUE dans 'Des Fleurs de bonne volonté'

Petites misères d’août

Jules LAFORGUE
Recueil : "Des Fleurs de bonne volonté"

Oh! quelle nuit d’étoiles, quelles saturnales!
Oh! mais des galas inconnus
Dans les annales
Sidérales!
Bref, un Ciel absolument nul

Ô Loi du Rythme sans appel!
Que le moindre Astre certifie
Par son humble chorégraphie Mais nul spectateur éternel.

Ah! la Terre humanitaire
N’en est pas moins terre-à-terre!
Au contraire.

La Terre, elle est ronde
Comme un pot-au-feu,
C’est un bien pauv’ monde
Dans l’Infini bleu.

Cinq sens seulement, cinq ressorts pour nos Essors..
Ah! ce n’est pas un sort!
Quand donc nos cœurs s’en iront-ils en huit-ressorts
Oh! le jour, quelle turne!
J’en suis tout taciturne.
Oh! ces nuits sur les toits!
Je finirai bien par y prendre froid.

Tiens, la Terre,
Va te faire
Trés-lan laire!

- Hé! pas choisi
D’y naître, et hommes!
Mais nous y sommes,
Tenons-nous y!

La pauvre Terre, elle est si bonne!….
Oh! désormais je m’y cramponne
De tous mes bonheurs d’autochtone.

Tu te pâmes, moi je me vautre.
Consolons-nous les uns les autres.

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