Poème 'Pour se prendre au piège' de Paul ÉLUARD dans 'Mourir de ne pas mourir'

Pour se prendre au piège

Paul ÉLUARD
Recueil : "Mourir de ne pas mourir"

C’est un restaurant comme les autres. Faut-il croire que je ne ressemble à personne ? Une grande femme, à côté de moi, bat des œufs avec ses doigts. Un voyageur pose ses vêtements sur une table et me tient tête. Il a tort, je ne connais aucun mystère, je ne sais même pas la signification du mot : mystère, je n’ai jamais rien cherché, rien trouvé, il a tort d’insister.

L’orage qui, par instants, sort de la brume me tourne les yeux et les épaules. L’espace a alors des portes et de fenêtres. Le voyageur me déclare que je ne suis plus le même. Plus le même ! Je ramasse les débris de toutes mes merveilles. C’est la grande femme qui m’a dit que ce sont des débris de merveilles, ces débris. Je les jette aux ruisseaux vivaces et pleins d’oiseaux. La mer, la calme mer est entre eux comme le ciel dans la lumière. Les couleurs aussi, si l’on me parle des couleurs, je ne regarde plus. Parlez-moi des formes, j’ai grand besoin d’inquiétude.

Grande femme, parle-moi des formes, ou bien je m’endors et je mène la grande vie, les mains prises dans la tête et la tête dans la bouche, dans la bouche bien close, langage intérieur.

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Commentaires

  1. Pays banal
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    Pays du monstre d'or, pays comme les autres,
    Quelques champs de sinople et des cours d'eau d'azur,
    Vieux arbres, vieux buissons, vieux chemins et vieux murs ;
    Le monstre est fatigué, dans l'herbage il se vautre.

    Dans l'inframonde rouge, on voit le Maître Cygne ;
    Il se montre, entouré de créatures d'or
    Qui boivent du bon vin et chantent un peu fort,
    Aucun voisin ne râle, entends-tu, c'est bon signe.

    Encore un jour qui passe, un jour de canicule,
    Je l'orne du blason de ce pays banal ;
    Je ne compose pas son hymne national,
    De peur de composer un hymne ridicule.

  2. Barrière purement symbolique
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    Qui franchit la barrière, il n’est pas dans son tort ;
    Mais il faut emporter une bouteille pleine
    Dont tu feras offrande à la duchesse Hélène
    Qui jetterait sur toi, sinon, le mauvais sort.

    Là sont quelques démons, pas méchants, pas bien forts,
    Soumis au cours fatal de leur vie incertaine ;
    Par de sombres chemins tout le jour ils se traînent
    En chantant, qui plus est, une chanson de mort.

    Ceux de l’autre côté, porteurs de maléfices,
    Se cachent volontiers dans de noirs édifices
    Où des corbeaux tordus ricanent sans arrêt.

    Un discours négatif n’est pas dans ma nature,
    Mais je t’en avertis, voyageur immature :
    Ce lieu d’outre-barrière, il est sans intérêt.

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Paul ÉLUARD

Portait de Paul ÉLUARD

Paul Éluard, de son vrai nom Eugène Émile Paul Grindel (14 décembre 1895 à Saint-Denis – 18 novembre 1952 à Charenton-le-Pont ), est un poète français. C’est à l’âge de vingt et un ans qu’il choisit le nom de Paul Éluard, hérité de sa grand-mère, Félicie. Il adhère au dadaïsme et est l’un des... [Lire la suite]

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