Poème 'Récits épiques – La Honte' de François COPPÉE dans 'Les Récits et les Élégies'

Accueil > Les poètes > Poèmes et biographie de François COPPÉE > Récits épiques – La Honte

Récits épiques – La Honte

François COPPÉE
Recueil : "Les Récits et les Élégies"

Saint Éphrem, que jamais le démon ne fit choir,
Dans un faubourg de Tyr se promenait, un soir,
Rêvant du paradis et l’âme aux cieux ravie,
Lorsqu’une femme impure et de mauvaise vie,
Qui dans ce lieu désert avait suivi ses pas,
Le prit par son manteau, lui murmurant tout bas
Des propos tentateurs et brûlants de luxure.
Le saint abbé des mains de cette créature
Dégagea son habit, sans témoigner d’émoi,
Et fit signe à la femme, en lui disant : « Suis-moi ! »
Et, lorsqu’il eut conduit la courtisane vile
Sur le port, au moment où les gens de la ville
Regardaient le soleil dans la mer s’engloutir
Et les vaisseaux entrer dans la rade de Tyr :
« Arrêtons-nous, — dit-il à la fille perverse, —
Afin que sur-le-champ j’aie avec toi commerce. »

La femme — elle expia tous ses péchés depuis —
Dit alors : « Es-tu fou, vieillard ? Je ne le puis
Au milieu de ce peuple et devant tant de monde. »

Mais Éphrem s’écria : « Si ton état immonde
Te fait rougir devant les hommes, en ce lieu,
Que ne rougis-tu donc, ô femme, devant Dieu,
Dont le regard connaît toute chose cachée ? »

Et, par cette parole ayant l’âme touchée,
Confuse, elle s’enfuit ; et, depuis ce moment,
Elle fit pénitence et vécut saintement.

Poème préféré des membres

Aucun membre n'a ajouté ce poème parmi ses favoris.

Commentaires

  1. Sagesse de Saint Nicolas
    ------------------------

    Saint Nicolas hantait les tripots sans déchoir,
    Souvent, dans les faubourgs, il y buvait, le soir ;
    Parfois le rejoignait une fille ravie
    D'un peu de religion dans sa mauvaise vie.

    Plus tard, le boulevard résonnait de leurs pas,
    Tandis qu'ils se disaient de doux propos, tout bas :
    L'évêque volontiers cédait à la nature,
    Bienveillant qu'il était pour toute créature.

    Il était, au moment de ses plus forts émois,
    Aussi majestueux que le grand saint Éloi ;
    Contemplant sa grandeur, les dames de la ville
    Disaient : Recueillons-nous ! la chose n'est point vile.

    Point vile, peut-on dire, et nullement perverse,
    Un exemple parfait de modèle hors-commerce,
    Gloire à toi Nicolas qui peux, à tout moment,
    Te montrer séducteur et vigoureux amant.

Rédiger un commentaire

François COPPÉE

Portait de François COPPÉE

François Édouard Joachim Coppée, né le 26 janvier 1842 à Paris où il est mort le 23 mai 1908, est un poète, dramaturge et romancier français. Coppée fut le poète populaire et sentimental de Paris et de ses faubourgs, des tableaux de rue intimistes du monde des humbles. Poète du souvenir d’une première rencontre... [Lire la suite]

© 2017 Un Jour Un Poème - Tous droits réservés
UnJourUnPoeme sur Facebook UnJourUnPoeme sur Twitter RSS
Nos partenaires : Le Mot pour la frime | Poetiz | Permis moto