Poème 'Bon chevalier masqué qui chevauche en silence' de Paul VERLAINE dans 'Sagesse'

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Bon chevalier masqué qui chevauche en silence

Paul VERLAINE
Recueil : "Sagesse"

Bon chevalier masqué qui chevauche en silence,
Le Malheur a percé mon vieux coeur de sa lance.

Le sang de mon vieux coeur n’a fait qu’un jet vermeil,
Puis s’est évaporé sur les fleurs, au soleil.

L’ombre éteignit mes yeux, un cri vint à ma bouche
Et mon vieux coeur est mort dans un frisson farouche.

Alors le chevalier Malheur s’est rapproché,
Il a mis pied à terre et sa main m’a touché.

Son doigt ganté de fer entra dans ma blessure
Tandis qu’il attestait sa loi d’une voix dure.

Et voici qu’au contact glacé du doigt de fer
Un coeur me renaissait, tout un coeur pur et fier

Et voici que, fervent d’une candeur divine,
Tout un coeur jeune et bon battit dans ma poitrine !

Or je restais tremblant, ivre, incrédule un peu,
Comme un homme qui voit des visions de Dieu.

Mais le bon chevalier, remonté sur sa bête,
En s’éloignant, me fit un signe de la tête

Et me cria (j’entends encore cette voix) :
 » Au moins, prudence ! Car c’est bon pour une fois. « 

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Commentaires

  1. Bon braconnier cassé qui picole en silence...
    Le roi Soleil ouvrit ton bras droit de sa lance.

    Le sang de ton bras droit n'a fait qu'un jet vermeil,
    Puis un bison l'a bu, sur les fleurs, au soleil.

    Le goût d'un couvre-chef ayant rempli sa bouche,
    Ce braconnier mourut dans un frisson farouche.

    Le roi Soleil alors du mort s'est rapproché,
    A vu le couvre-chef et sa main l'a touché.

    Il mit le couvre-chef par-dessus la blessure,
    Et dit : Ce ne sera rien qu'une égratignure.

    Au contact effrayant du couvre-chef de fer,
    Un bras droit te revint, un bras droit, pur et fier.

    Et voici que, fervent d'une candeur divine,
    Un bras droit jeune et bon te rend ta bonne mine !

    Tu restes là tremblant, ivre, incrédule un peu,
    Comme un bison dont l'oeil aperçoit le ciel bleu.

    Arthur Rimbaud approche et rit comme une bête,
    Puis, repartant, te fait un signe de la tête.

    Il te cria (toujours tu entends cette voix)
    Au moins, prudence ! Car c'est bon pour une fois.

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Paul VERLAINE

Portait de Paul VERLAINE

Paul Marie Verlaine est un poète français, né à Metz le 30 mars 1844 et mort à Paris le 8 janvier 1896. Paul Verlaine est avant tout le poète des clairs-obscurs. L’emploi de rythmes impairs, d’assonances, de paysages en demi-teintes le confirment, rapprochant même, par exemple, l’univers des Romances sans paroles des plus... [Lire la suite]

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