Poème 'Dimanches (J’aime, j’aime de tout mon siècle)' de Jules LAFORGUE dans 'Des Fleurs de bonne volonté'

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Dimanches (J’aime, j’aime de tout mon siècle)

Jules LAFORGUE
Recueil : "Des Fleurs de bonne volonté"

J’aime, j’aime de tout mon siècle! cette hostie
Féminine en si vierge et destructible chair
Qu’on voit, au point du jour, altiérement sertie
Dans de cendreuses toilettes déjà d’hiver,
Se fuir le long des cris surhumains de la mer!

(Des yeux dégustateurs âpres à la curéé;
Une bouche à jamais cloîtrée!)

(- Voici qu’elle m’honore de ses confidences;
. J’en souffre plus qu’elle ne pense!)

- Chère perdue, comment votre esprit éclairé
Et ce stylet d’acier de vos regards bleuâtres
N’ont-ils pas su percer à jour la mise en frais
De cet économique et passager bellâtre ?….
- Il vint le premier; j’étais seule devant l’âtre….

Hier l’orchestre attaqua
Sa dernière polka.
Oh! l’automne, l’automne!
Les casinos
Qu’on abandonne
Remisent leurs pianos!….

Phrases, verroteries,
Caillots de souvenirs.
Oh! comme elle est maigrie!
Que vais-je devenir….

Adieu! les files d’ifs dans les grisailles,
Ont l’air de pleureuses de funérailles
Sous l’autan noir qui veut que tout s’en aille.

Assez, assez,
C’est toi qui as commencé.

Va, ce n’est plus l’odeur de tes fourrures.
Va, vos moindres clins d’yeux sont des parjures.
Tais-toi, avec vous autres rien ne dure.

Tais-toi, tais-toi.
On n’aime qu’une fois.

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