Poème 'Ne vous estonnez point si mon esprit qui passe' de Jean de SPONDE dans 'Les Amours'

Accueil > Les poètes > Poèmes et biographie de Jean de SPONDE > Ne vous estonnez point si mon esprit qui passe

Ne vous estonnez point si mon esprit qui passe

Jean de SPONDE
Recueil : "Les Amours"

Ne vous estonnez point si mon esprit qui passe
De travail en travail par tant de mouvemens,
Depuis qu’il est banni dans ces esloignemens,
Tout agile qu’il est ne change point de place.
Ce que vous en voyez, quelque chose qu’il face,
Il s’est planté si bien sur si bons fondemens,
Qu’il ne voudrait jamais souffrir de changemens
Si ce n’est que le feu ne peust changer de place.
Ces deux contraires sont en moy seul arrestez
Les foibles mouvemens, les dures fermetez :
Mais voulez vous avoir plus claire cognoissance
Que mon espoir se meurt et ne se change point ?
Il tournoye à l’entour du poinct de la constance
Comme le ciel tournoye à l’entour de son poinct.

Poème préféré des membres

Aucun membre n'a ajouté ce poème parmi ses favoris.

Commentaires

  1. L’oie travaille
    ----------

    Sa besogne en hiver est de briser la glace,
    Or, c’est ce qu’elle fait d’un puissant mouvement,
    Et sa soeur migratrice, en son éloignement,
    A reçu pour mission de traverser l’espace.

    Aucune des deux oies de son métier n’est lasse,
    Qui de toute existence est le vrai fondement ;
    Aucune ne voudrait vivre des changements :
    Chaque chose en son temps, chaque chose à sa place.

    Leur règle me rassure et ne me surprend point,
    J’aime qu’un élément se situe en un point
    Où l’investigateur le trouve avec constance.

    Mais sur cette leçon, pourquoi nous attarder ?
    Si vous n’y croyez pas, vous pouvez regarder
    Combien d’inconvénients produit l’inconsistance.

  2. Pouvoir du rêve
    --------------------

    Le bureau encombré se reflète en la glace,
    Inversant les contours et tous les mouvements,
    Faisant s’accroître aussi quelques éloignements.
    Alice en rêve part explorer cet espace.

    L’autre monde est tordu, quelque pas qu’elle y fasse ;
    Car tout y est pourvu d’étranges fondements,
    Toute stabilité y vient du changement
    Et vite il faut courir pour bien rester sur place.

    La logique d’ici ne s’y applique point,
    La sphère de Chronos s’y réduit en un point
    Et les identités n’y ont pas de constance.

    Ah, pouvoir, comme Alice, en ces lieux m’attarder
    Loin du monde normal, ne plus le regarder,
    Et dissoudre mon âme en cette inconnaissance !

  3. Maître Goupil
    ----------

    Jamais un poulailler ne me laisse de glace,
    J’aime pour ce motif me mettre en mouvement ;
    Mais serait-ce un péché d’être un goupil gourmand ?
    Je suis un prédateur, pour me nourrir, je chasse.

    De ce subtil métier mon âme n’est point lasse,
    Je ne vois d’ailleurs pas comment vivre autrement ;
    La carotte et le chou sont de bons aliments,
    Qui pourtant nullement la viande ne remplacent.

    Leur coq n’est pas féroce et je ne le crains point,
    La belette avec moi s’accorde sur ce point ;
    Ce bouffon ne saurait gâcher notre existence.

    Mais sur cet animal, je ne veux m’attarder,
    Ni sur mon réservoir de gibier mal gardé ;
    Laissez-moi donc me taire, et prendre mes distances.

Rédiger un commentaire

Jean de SPONDE

Portait de Jean de SPONDE

Jean de Sponde (Joanes Ezponda, en basque), né en 1557 à Mauléon (Pays Basque) et mort le 18 mars 1595 à Bordeaux, est un poète baroque français. Né dans une famille liée à la cour de Navarre, élevé dans un milieu protestant et austère, brillant élève, il reçoit de Jeanne d’Albret, mère de Henri IV, une bourse... [Lire la suite]

© 2020 Un Jour Un Poème - Tous droits réservés
UnJourUnPoeme sur Facebook UnJourUnPoeme sur Twitter RSS