Poème 'Pour le vaisseau de Virgile' de José-Maria de HEREDIA dans 'Les Trophées'

Pour le vaisseau de Virgile

José-Maria de HEREDIA
Recueil : "Les Trophées"

Que vos astres plus clairs gardent mieux du danger,
Dioscures brillants, divins frères d’Hélène,
Le poète latin qui veut, au ciel hellène,
Voir les Cyclades d’or de l’azur émerger.

Que des souffles de l’air, de tous le plus léger,
Que le doux lapyx, redoublant son haleine,
D’une brise embaumée enfle la voile pleine
Et pousse le navire au rivage étranger.

A travers l’Archipel où le dauphin se joue,
Guidez heureusement le chanteur de Mantoue ;
Prêtez-lui, fils du Cygne, un fraternel rayon.

La moitié de mon âme est dans la nef fragile
Qui, sur la mer sacrée où chantait Arion,
Vers la terre des Dieux porte le grand Virgile.

Poème préféré des membres

Aucun membre n'a ajouté ce poème parmi ses favoris.

Commentaires

  1. Sagesse du dragon
    -----------------------

    Du ciel ou de la terre, il ne craint nul danger,
    Le dragon polychrome aux allures sereines ;
    Cependant, les sept mers abritent des sirènes
    Dont il redoute un peu les hymnes étrangers.

    Si le son de leurs voix brisait son vol léger,
    Il flotterait dans l'onde, ainsi qu'une baleine,
    Sans pouvoir regagner le nuage ou la plaine ;
    À ce sort effrayant, son coeur n'ose songer.

    La sirène, dit-on, de sa crainte se joue ;
    Elle compose un chant qui exalte et qui loue
    La sage retenue du dragon, pourtant preux.

    Son cousin le dauphin, cet interprète agile,
    Traduisit la chanson en langue de Virgile.
    Le dragon nous a dit : « Pour moi, c'est de l'hébreu ».

  2. Le Seigneur de Tralfamadore
    --------------------------------------

    Il visite la Terre, ignorant ses dangers,
    Nous pouvons contempler sa démarche sereine ;
    Il est spécialement admiré des sirènes
    Qui jamais n'avaient vu un pareil étranger.

    Dans la steppe il avance à petits pas légers,
    Il longe un estuaire où chantent les baleines ;
    Mais que préfère-t-il, la montagne ou la plaine ?
    Il ne veut pas répondre, il n'y a pas songé.

    La police voudrait savoir quel rôle il joue ;
    Elle fouille en détail l'appartement qu'il loue
    Et ne trouve nulle arme, elle fait buisson creux.

    Il n'est point conquérant, ce grand seigneur fragile,
    Il lit, chaque matin, des livres de Virgile,
    Et dans l'après-midi, un grimoire en hébreu.

Rédiger un commentaire

José-Maria de HEREDIA

Portait de José-Maria de HEREDIA

José-Maria de Heredia (né José María de Heredia Girard 1842-1905) est un homme de lettres d’origine cubaine, naturalisé français en 1893. En tant que poète, c’est un des maîtres du mouvement parnassien, véritable joaillier du vers. Son œuvre poétique est constituée d’un unique recueil, « Les... [Lire la suite]

© 2017 Un Jour Un Poème - Tous droits réservés
UnJourUnPoeme sur Facebook UnJourUnPoeme sur Twitter RSS
Nos partenaires : Le Mot pour la frime | Poetiz | Permis moto