Poème 'Epitafe de Francois Rabelais' de Pierre de RONSARD dans 'Le bocage'

Epitafe de Francois Rabelais

Pierre de RONSARD
Recueil : "Le bocage"

Si d’un mort qui pourri repose
Nature engendre quelque chose,
Et si la generation
Se fait de la corruption,
Une vigne prendra naissance
De l’estomac et de la pance
Du bon Rabelais, qui boivoit
Tousjours ce pendant qu’il vivoit
La fosse de sa grande gueule
Eust plus beu de vin toute seule
(L’epuisant du nez en deus cous)
Qu’un porc ne hume de lait dous,
Qu’Iris de fleuves, ne qu’encore
De vagues le rivage more.
Jamais le Soleil ne l’a veu
s Tant fût-il matin, qu’il n’eut beu,
Et jamais au soir la nuit noire
Tant fut tard, ne l’a veu sans boire.
Car, alteré, sans nul sejour
Le gallant boivoit nuit et jour.
Mais quand l’ardante Canicule
Ramenoit la saison qui brule,
Demi-nus se troussoit les bras,
Et se couchoit tout plat à bas
Sur la jonchée, entre les taces :
Et parmi des escuelles grasses
Sans nulle honte se touillant,
Alloit dans le vin barbouillant
Comme une grenouille en sa fange
Puis ivre chantoit la louange
De son ami le bon Bacus,
Comme sous lui furent vaincus
Les Thebains, et comme sa mere
Trop chaudement receut son pere,
Qui en lieu de faire cela
Las ! toute vive la brula.
Il chantoit la grande massue,
Et la jument de Gargantüe,
Son fils Panurge, et les païs
Des Papimanes ébaïs :
Et chantoit les Iles Hieres
Et frere Jan des autonnieres,
Et d’Episteme les combas :
Mais la mort qui ne boivoit pas
Tira le beuveur de ce monde,
Et ores le fait boire en l’onde
Qui fuit trouble dans le giron
Du large fleuve d’Acheron.
Or toi quiconques sois qui passes
Sur sa fosse repen des taces,
Repen du bril, et des flacons,
Des cervelas et des jambons,
Car si encor dessous la lame
Quelque sentiment a son ame,
Il les aime mieux que les Lis,
Tant soient ils fraichement cueillis.

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Commentaires

  1. La main du vigneron
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    Comme je traversais une vigne inconnue
    Du côté de Pessac, endroit de tout repos,
    Comme je progressais en admirant la vue,
    Je m’arrêtais souvent pour dire «Que c’est beau!»

    De petits sentiers droits comme des avenues
    Où l’on croirait trouver des traces de sabots ;
    Quelques fleurs, par endroits, offrant la bienvenue,
    Un noble vigneron avec un vieux chapeau.

    En ce paisible lieu, la grive vient s’ébattre,
    On y rencontre aussi des insectes folâtres,
    C’est un port de sagesse et de tranquillité.

    Le vin fait oublier tout ce qui est funeste,
    Le bureau, le métro, la routine et le reste ;
    Ici, c’est le jardin de la sérénité.

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