Poème 'Des lointains' de Victor SEGALEN dans 'Stèles (face au Nord)'

Des lointains

Victor SEGALEN
Recueil : "Stèles (face au Nord)"

Des lointains, des si lointains j’accours, ami, vers toi, le plus cher. Mes pas ont dépecé l’horrible espace entre nous.

De longtemps nos pensers n’habitaient pas le même instant du monde : les voici à nouveau sous les mêmes influx, pénetrés des mêmes rayons.

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Tu ne réponds pas. Tu observes. Qu’ai-je déjà commis d’inopportun ? Sommes-nous bien réunis : est-ce bien toi, le plus cher ?

Nos yeux se sont manqués. Nos gestes n’ont plus de symétrie. Nous nous épions à la dérobée comme des inconnus ou des chiens qui vont mordre.

Quelque chose nous sépare. Notre vieille amitié se tient entre nous comme un mort étranglé par nous. Nous la portons d’un commun fardeau, lourde et froide.

o

Ha ! Hardiment retuons-la ! Et pour les heures naissantes, prudemment composons une vivace et nouvelle amitié.

Le voulez-vous, ô mon nouvel ami, frère de mon âme future ?

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Commentaires

  1. Coqs de minuit
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    Je reviens du Ponant, moi, le coq de Saint Pierre,
    Vers le jardin magique où grandissait Adam ;
    Je vois le coq de Jean qui de l’Enfer ardent
    A quitté la fournaise, et la rouge lumière.

    Le serpent nous observe, il n’a guère changé,
    Car il est demeuré le gardien de son arbre ;
    La Parole de Dieu, ça le laisse de marbre,
    À chaque visiteur, il propose à manger.

    Mais deux coqs peuvent-ils recommencer l’histoire?
    Adam n’est que poussière, et ne peut revenir ;
    Nous allons disparaître, et cendre devenir,
    Ainsi, seul restera le Serpent dans sa gloire.

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